UTPMA mon premier ultra trail – récit

Samedi 15 Juin 2019, minuit, la nuit est tombée depuis quelques heures. Mais dans le centre d’Aurillac un peu plus de 800 fadas sont amassés dans le sas de départ de l’UTPMA, l’Ultra Trail du Puy Mary Aurillac.

Sur le papier 105km et 5500 mètres de dénivelé positif les attendent dont l’ascension des vestiges du plus grand strato Volcan d’Europe, le puy Mary.

Parmi eux 3 Parisiens, Hélène, Charles et moi même. Un soir de Décembre Charles et moi avons embarqué dans notre quête de la diagonale des fous Hélène sur cet Ultra-Trail au sein du Cantal sachant qu’aussi bien pour elle que pour moi ce sera notre premier Ultra trail

A minuit, les yeux rivés au ciel sur le magnifique spectacle offert par l’organisation d’un feux d’artifice qui nous fait oublier le temps d’un moment nos doutes.

Des doutes pleins la tête

Car des doutes il y en a.
Depuis Novembre tout était planifié.
Préparation physique en Novembre, Décembre, Janvier.
Préparation endurance à Partir de Janvier.
Trail de Bouffemont en Février, EcoTrail 80km en Mars, grosse sortie à Partir d’Avril, avec par exemple 40km la veille du marathon de Paris, puis courir le marathon de Paris.
Trail de préparation en Mai avec les ponts pour Arriver à cet UTPMA.

Mais Voila en Février c’est la déchirure de l’ischio-jambier. 2 semaines de béquilles, 8 semaines d’arrêt, exit l’Ecotrail, exit la préparation d’avril et le trail de Mai. Préparation totalement à revoir.

J’ai rarement douté de ne pas arriver à terminer une course, mais cette fois ci j’ai le trouillomètre à 0. Depuis 2 semaines je me dis qu’il y a vraiment un risque de ne pas finir cette course.

On en parle tous depuis l’avion, chacun y allant de ses doutes et de ses bobos, à nous 3 ont à peu être un humain complet sans douleur ce dit-on. Et ce n’est pas notre logement à 20minutes de voiture qui arrange les choses dans l’organisation.
Mais voilà maintenant nous y sommes, il faut y aller, ON va y aller!
On a bien participé à la pasta party à 20H, j’ai enfilé deux plats de pâtes, on a certes dormis dans la voiture à 500m du départ, mais cela n’a pas empêché encore une fois, comme à notre habitude, rentrer les derniers dans le SAS.

Alors ce feux d’artifice à quelques minutes du départ est un moment suspendu dans le temps, nous ne sommes ni vendredi, ni samedi, nous sommes là, parmi d’autres à profiter, à oublier sans doute ce qui nous attends l’espace d’un instant

C’est le moment d’oublier les doutes, c’est le moment d’y aller

La musique se fait de plus en plus intense, le bouquet final est là, au micro le speaker nous donne le départ, les doutes remontent, mais plus le choix, on est venu pour ça. La préparation, les bobos, les questions du style on met quoi ? Il va faire froid, chaud … les soucis, tout ceci est derrière nous, et devant nous 105km et 5500D+ nous attendent pour ce samedi, enfin si on termine en moins de 24H. Pour les autres je ne fais pas de soucis mais moi… Finirais je au moins avant les 26H30 fatidique ?

Il est minuit passée et les rues sont bondées de gens qui nous encouragent, c’est incroyable de voir ça.

Le parcours

Le parcours est divisé en 8 sections, délimitées par les ravitaillements et j’ai compté 5 grosses montés, parmi lesquelles le Plomb du cantal à 1855m et celle du puy Mary à 1783m, ainsi que 2 moyennes. J’espère faire mieux que lors du trail des Allobroges, et pour cela il faudra que j’aille plus loin que le Sommet de Cabrespine; 1464m; autour du 75ème km.

Début de course ensemble

Hélène a la bougeotte, elle remonte les traileurs tranquilles, elle a peur d’être derrière, pendant qu’avec Charles on se demande si la couche supplémentaire prise sera vraiment nécessaire.
Dans les rues pas besoin de la frontal, y a la lumière et celles des autres.
Il sera le premier à faire tomber la veste, pendant que j’hésite encore.

Nous voila proche de sortir de la ville après seulement 2km. Et c’est le premier bouchon. Rien de plus normal en général sur un début de trail. J’en profite pour retirer ma veste, il ne fait pas si chaud que ça.

Le blocage est vite passé, il s’agissait de passer par dessus une clôture avec un sorte d’escalier en bois.
La nuit est bien noir, le brouillard se lève.
Il faut dire que les semaines précédent la course il a bien plu, nous avions passé une semaine à regarder la météo qui a annoncé tout les temps possibles et imaginables pour cette journée. Mais là ca devrait finalement le faire.

Très vite je me concentre sur l’objectif, ne pas partir trop vite pour avoir mal aux jambes le plus tard possible ce qui m’avait fait défaut en fin de course de la 6000D. Je me retrouve donc rapidement seul à penser que pour cette première section de 16km et 572D+ je serais proche des entrainements des boucles de Bures Sur Yvette.

Des trois je suis le plus mauvais en montée, du coup les débuts de course me sont rarement favorables. Les chemins sont larges sans piège, et ce n’ai pas pour me déplaire avec ce brouillard à coupé au couteau. Nos frontales sont comme des phares de voitures, ils éclairent l’eau en suspension sans voir très loin. Et pas d’anti brouillard inclus.
Heureusement le peloton est encore un peu compact, je cherche donc les frontales de devant qui éclairent mieux le chemin de devant en se diffusant dans le brouillard.
Finalement partir dans les derniers ca peut avoir ses avantages !

A chaque approche de route des personnes sont là pour encourager leurs proches ou tout simplement le coureur lambda. Je suis admiratif de ces gens nous encourageant et ne peux que les remercier à chaque fois que j’en croise un. Je ne sais pas si moi même j’aurais le courage de le faire.
2 descentes larges me permettent de mettre en avant ma superbe technique de descendeur et de rattraper pas mal de traileur. Je m’éclate malgré le brouillard et le fait de ne pas voir à 15m.

Voilà qu’arrive déjà le 1er ravitaillement. Charles y est arrivé le premier en 2H11, Hélène en 2H14 et moi en 2H15. Comme à son habitude Hélène ne trainera pas et repartira juste avant que j’arrive. Charles me voyant, m’attendra quelques minutes, malgré une tentative de grosse commission, et nous repartirons ensemble après cette pause WC. Et oui j’ai peut être mangé un peu trop de pâtes à 22H.

2H25 de course nous repartons, 1H05 d’avance sur la barrière horaire, les doutes sont encore présent, mais ca se passe très bien, j’ai un mental au top je suis hyper content d’être ici.

Le premier imprévu

Après un court passage plat on entame la première grosse montée de la course. Grace à Charles que j’essaie de suivre on tient un bon rythme dans le brouillard. Ca fait du bien de ne pas être seul toute la nuit.
Ce qui est pratique c’est que les sentiers sont bordés de champs on peut donc aisément doubler. Par contre faut faire gaffe aux vaches qu’on entend seulement aux cloches avant de se retrouver à quelques mètres. Charles à tendance à me lâcher un peu dès que ca grimpe plus, mais si ca redescend je recolle.
Impossible de voir très loin dans ce brouillard, voilà qu’arrive une descente. Le chemin parait large, mais sur le coté il y  des gros caillou/rocher, personne n’ose s’y aventurer, à part moi et quelques coureurs. Le travail de proprioception ca paye.

Le passage est rendu très technique par le manque de visibilité et la file de coureur qui ne permet pas vraiment de choisir ces trajectoires. A un moment il parait qu’il y a moins de pierres et ca descend sec, plusieurs traileurs se lancent sur le coté gauche du chemin et ca envoie.
Mais voila qu’une femme 10m devant moi prend un vol plané et retombe corps entier et tête la première sur des rochers. Elle est sonnée. On est plusieurs à s’arrêter. Je suis le seul avec un brevet de secourisme, son mari arrive juste après.
Première vérification d’usage, elle est sonnée mais consciente, elle bouge, même si elle ressent de fortes douleurs. Malheureusement on est en zone blanche pas un téléphone ne passe. On demande à des coureurs d’appeler les secours dès qu’ils pourront.
Après avoir identifier un hématome évoluant vite sur le haut de la jambe gauche et un petit au coude du même coté, son mari m’aide à la mettre en PLS coté droit. Il a fallut la déplacer délicatement à coté des rochers.

Un coureur médecin arrivera derrière pour s’occuper mieux d’elle pendant que nous repartirons pour s’assurer que quelqu’un avait bien appelé les secours. Après 1,5km à courir téléphone à la main pour attendre le réseau, j’ai appelé l’organisation. Personne avant moi n’avait appelé !
L’incident est arrivé après 3H29 de course après le 23ème km et nous en sommes repartis 8minutes après et avons appelé 14minutes plus tard. 14 minutes pendant lesquelles aucun des coureurs à qui on a demandé n’a appelé. UN SCANDAL, après on parlera d’esprit TRAIL !

A la poursuite d’Hélène

Avant cet incident nous avions repris dans notre course poursuite après Hélène 3minutes en 7km. Merci Strava et le flyby pour refaire notre course.

Nous repartons vers le sommet ELancèze, la première difficulté de cette course. Nous montons bon train.

Les premières vrai descentes sont là, elles sont larges, je lâche les chevaux, je ne fais que doubler.
Je lâche même Charles, mais ne m’inquiète pas trop il est bien meilleur que moi en monté il me rattrapera très certainement plus tard. Moi je profite de cette portion favorable pour moi pour avancer.

J’arrive sur le 2ème ravitaillement et me demande où est Hélène? Nous avions tous chargé sur notre téléphone le live trail des autres.
Et je vois qu’Hélène est passé 1 minutes avant que je regarde. Strava confirme qu’elle en est partie pendant que je traversais ce ravitaillement.

Ce ravitaillement est pour moi le moment de manger et de me poser 5 minutes pour me soulager du poids de mon sac. La suite du parcours est plate, je m’apprête à continuer mon repas en marchant quand Charles arrive. Mais il n’est pas bien.
Je reste avec lui et repartons 20 minutes après mon arrivée. Il est bien mieux, j’ai mangé plus que prévu je repars en marchant, pendant qu’il repart de plus belle.
De mon coté je bois et marche et je relancerais dans la descente.

Le jour se lève sur la course , la descente me relance, mais cette dernière est en partie sur route, je me retiens de peur de déclencher une douleur que j’ai parfois niveau tibia gauche, je ne rattrape pas Charles comme je le pensais.

Cette fois c’est bon me dis-je. Ils sont devant le reste de la course se fera seul. Et au programme pour débuter la très longue montée du Plomb du cantal, 6km pour 800 mètres de dénivelé.

Un choix cornélien

Je m’étais préparé à cette éventualité d’être seul un très long moment de la course. Et je dois dire que je suis assez fier déjà de ma perf à avoir pu suivre pendant près de 32km ces deux là.

A l’aube de cette montée je m’arrête pour ranger mes affaires correctement dans mon sac, surtout la frontale qui ne sert plus du tout. (Merci Virginie de me l’avoir prêté)

Les prémisses de cette montée en forêt sont plutôt simple et pas trop pentu encore. J’y vais à mon rythme, le crédo

Avoir mal aux jambes le plus tard possible

alors je marche d’un bon rythme et je pousse bien sur les bâtons. Après 30 minutes les choses sérieuses commencent, la pente augmente, et je vois des lacets de coureurs devant moi. J’ai la tête dans le guidon pour tenter de grimper quand j’arrive au niveau d’un attroupement de coureurs autour d’un qui ne semble pas bien. Ce coureur c’est Charles. Il est victime d’un soucis gastrique, mal bien connu des traileurs, mais si tôt dans une telle course c’est problématique.

Après 10 minutes d’arrêts on repart. On est dans une section difficile, mais on avance. La montée se fait lentement, je m’inquiète pour lui car je vois bien que ca ne va pas.
Arrive la section sans bâtons et là obligé de faire un stop, son état se dégrade, mais on finit par repartir, mais pas bien lontemps. Beaucoup de gens s’arrêtent pour savoir comment ca va.
Ils s’allongent et se relève plusieurs fois, dès que j’avance plus de 5minutes et que je me retourne il n’est plus derrière moi.

Après plusieurs arrêts en plus d’une heure et à peine 1,5km parcouru, je commence à paniquer pour mon propre sort sur cette course. Rester debout, me fatigue énormément, j’y laisse énormément d’influx nerveux. Mais comment abandonner un ami en détresse alors qu’il m’a soutenu lors de la SaintéLyon sur presque 15km.
il reste à ce moment là 60km de course (enfin normalement) moins de 18H pour les boucler alors que j’ai prévu près de 2H30 de ravitaillement soit 15H à peut près donc 4km/h de moyenne.
C’est exactement la conversation que j’ai dans ma tête tout en voyant mon ami dans un mal absolu.

Je prends un décision difficile pour moi et j’espère qu’il ne m’en veux pas.
Il reste moins deux kilomètres de monté, je le laisse tout en lui expliquant que je vais prévenir au sommet les médecins. Pour moi il n’est plus lucide et plus à même de prendre la bonne décision pour lui.

Il faut que ce soit rapide, j’y vais d’un pas décidé, mais j’ai perdu le rythme et la pente est quand même bien raide. Après 30minutes et 9H de course j’atteins le sommet et préviens donc les médecins.
5,5km de descente et 35 minutes pendant lesquelles je me demanderais si j’ai bien fait de prévenir les médecins.
J’ai le moral un peu à plat et me demande si je peux rattraper encore Hélène après tout ca. Elle est reparti de Super Lioran la base de vie près de 50minutes avant mon arrivée.

Le doute s’installe

Mais comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, comme dirait Jacques Chirac

Les emmerdes ça vole toujours en escadrille

J’apprends ainsi que le parcours est modifié car il y a un risque d’orage, dans un premier temps on explique qu’il y a 17km de moins

Moi je suis venu pour faire plus de 100km la on retombe sous 90

du coup pas de monté au puy mary, tu reprendras bien un ptit coup au mental.
On te di que le détour c’est seulement depuis 30min et tu penses que ta pote elle, elle est en train de monter et toi tu ne pourras pas.

Je récupère tout de même mon sac et demande la salle dispo pour la base de vie

C’est cette tente monsieur

Ah ouais ! Le gros point noir de l’orga, la tente est minuscule à peine la place de se changer, je sors trouve une table dehors au resto d’à coté et veux tester mon bluetens en course. Mais je me suis gouré de tel et l’application ne fonctionne pas.
Pour ajouter un autre soucis il se met à pleuvoir, et les orages éclatent.

J’avais bien prévu à l’origine 1H de stop à la base de vie pour

  • manger
  • tester le buetens
  • me changer
  • me reposer tranquille

mais là je suis loin du compte, le moral dans les chaussettes j’ai froid, après 30min dehors à me geler, on m’indique le hall du téléphérique.
Je pense à ce moment là abandonner, je n’ai pas prévu la veste anti pluie pour de tels orages, la course fera moins de 100km, je n’ai pas pu tester ce que je voulais tester …

C’est l’emballement je déraisonne.

Et puis j’ai un moment de lucidité.

La barrière horaire est à 12h30
Il est seulement 10H15,
J’avais prévu de repartir au plus tard à 11H
J’ai plus de 2h d’avance, ne pas abandonner on verra après

 

Un rayon de soleil après la tempête

Finalement je me pose dans la gare du téléphérique, commence à me changer, manger, mais j’ai froid, impossible de me réchauffer. Un coureur sympa me propose la proximité d’un radiateur qui marchotte. Cela fera l’affaire.
J’apprends finalement que le parcours fera 110km et non 105, mais amputé de 500m de D+.
La voila la première bonne nouvelle.
Dehors ce n’est pas encore ça il tombe des albardes.

Je vais aux toilettes du téléphérique pour la grosse commission ce qui n’est pas négligeable sur ce genre de course, et oui en trail on peut avoir ce genre de soucis.
La chance continue à me sourire, il y a des sèches mains a air chaud. Je fais la queue comme tout le monde pour faire sécher un t-shirt et mes manchons.
Quand je ressors la pluie c’est presque arrêtée.

Le soleil brille la température augmente je suis confiant je décide de déposer mon haut à manche longue et finis par repartir à 11H20 après plus de 1H30 d’arrêt.

Une autre course commence

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