Courir mon premier marathon

mdp_parcoursCourir mon premier marathon, à 16ans j’y pensais déjà, à 17 je m’entrainais pour et j’en rêvais. Le mythe était là j’y croyais jusqu’à l’accident.

A la veille de mes 33ans je me retrouve sur la ligne de départ du 40ème marathon de Paris presque par hasard et sans entrainement spécifique, voir sans entrainement du tout

Chronologie d’une folie hasardeuse

Du 14 au 16 Mars

A mon retour du ski en Mars il restait moins de 3 semaines avant le marathon de Paris. Lors de l’entrainement hebdomadaire avec la #boostBastille la pression monte pour les gens qui le préparent depuis le mois de janvier voir avant le marathon. Une émulation est palpable et cela me rappel mes entrainements plus jeunes en préparation des compétitions par équipes.

Du 17 au 20 Mars

Mais voila moi j’ai 2 fois 10Km à courir en un WE c’est mon challenge à moi. Avec les 10Km de Montmartre et les 10Km du Neuf sur le même WE, sur des courses pas si plates que ça à Paris. Et puis pour les 10Km du neuf ce sera avec les potes. J’en accompagnerais 2 pour passer sous les 45min.

A la fin de ces courses on me propose de faire le lièvre pour le marathon, voir même de le courir, mais je n’ai pas de dossard et pas d’entrainements.
80Km en Janvier dont 30Km pour la sortie tour de Paris.
40Km en février
Moins de 35Km à cette date en Mars dont 20Km de courses officielles.

J’ai déjà fait le lièvre pour des amis lors des deux dernières années et on me parle d’un groupe d’achat de dossard pour le marathon (bien sur ce n’est pas légal)

Du 21 au 24 Mars

Bon qu’on se le dise courir un marathon et lâcher 100€ c’est pas mon truc. Sinon je ne me battrait pas pour vous proposer des 10Km dans Paris autour de 15€. Mais voila un marathon ça se prépare et sur le groupe de revente on trouve des dossards pour 40-60€. Alors oui on ne court pas à son nom mais là y a les potes et ça commence à me trotter dans la tête.
Du coup le mercredi soir avec le run hebdomadaire je me prends les fous furieux et 16Km à 5min/Km.
On me motive tellement que je me dis

Je me teste sur le WE de 3 jours sur un sortie longue de 25Km.
J’y met une autre condition condition; un dossard au prix max de 40€.

Par contre je tousse toujours, le médecin me file 6 jours d’antibio !

Du 25 au 29 Mars

Je profite du WE pour me faire un run de 25Km et un run le lundi qui me révèlera une petite douleur derrière le genoux droit. Mais avec ça et les potes qui me poussent je me dis allez pourquoi pas tenter le marathon on verra bien jusqu’où on ira.

L’achat du dossard

Et voila à force de me pousser et de me conditionner j’ai craqué et trouvé un dossard à 40€ SAS 4H et ce n’est pas un blague je le récupère le 1 Avril ! (Marathon J-2)
Objectif en tête faire plus de 32Km et courir plus de 3H30!

mdp_dossard Mes amis sont eux dans le SAS 3H45 et arrivent à me faire changer de SAS ! Je partirais donc avec eux à 9H20 le 3 Avril.


 

Courir mon premier Marathon (semi aussi)

Pourquoi ai-je mis autant de temps à écrire ce billet? A savoir 2 Semaines après la course. Pour moi sur ce marathon il y a eu un coté psychologique important, comme une ancienne blessure jamais refermée. Une histoire qui va avec une autre vie, la vie d’avant; la vie d’avant l’accident.
Avec cette vie j’y avais laissé pas mal de choses de coté dont en premier lieu les rêves de sportif; le marathon arrivant en bonne position.
Je ne vais pas forcément vous faire un récit des kilomètres passés et des difficultés mais plutôt de comment ça c’est passé dans ma tête, le coté sportif vous pourrez le retrouver sur beaucoup d’autres blogs.

C’est l’heure de se lever

Le RDV est pris dimanche 8H30 sur les champs Élysées avec le groupe pour un départ à 9h20.
Ma digestion de petit déjeuné durant un peu plus de 2H je prends mon déjeuner à la dernière minute vers 7H45. Pour l’instant je suis dans mon monde, j’y vais pour les potes, en aucun cas je pense finir, je ne réalise toujours pas que je m’aligne dans moins de 2H sur le marathon. Et paradoxalement je suis moins stressé que pour un 10Km.

mdp_sas8H50 nous rentrons dans notre SAS, je me remémore mes objectifs

  • Courir plus de 32Km
  • Courir plus de 3H30
  • A partir du 35Km au pire tu marches

Ce qui m’inquiète le plus c’est ma douleur au genou, car bon 30Km voir plus on sait jamais comment ça peu finir.

D’un coup je suis pris par la foule, les premiers départs de masse retentissent. Ca y est j’y suis, je suis sur ce qui est sans doute la plus grande course de France.

 

20160403_090146Et voila le départ est donné, les potes sont là pour nous supporter sur les premiers mètres ça discute surtout. Je suis un peu comme un enfant qu’on vient de lâcher dans une cour de récréation, je vais de droite à gauche, parle avec tout le monde et joue avec les photographes officiel.

J’ai les yeux grand ouvert, je tape dans les mains des enfants supporters applaudis les groupes de musique je suis dans une sorte d’euphorie intemporelle, je ne cours pas je m’amuse.

5Km à notre allure ça passe vite, moins de 30min et on est à la maison ! #Boostbastille. Le ravitaillement est pris on se perd un peu, je m’étais dis de toute façon vu le rythme des potes que je tiendrais jusqu’à Vincennes et on verrait après.

Là le parcours on le connait direction le bois de Vincennes, un pied devant l’autre c’est un  automatisme, on discute, je suis sur le run du mercredi soir avec une ambiance de ouf. Le marathon? La fin? J’y pense même pas.

Au 7ème kilomètre je ramasse même un téléphone perdu, en faisant demi-tour que je donne au supporter. Je vous le dis je suis là en touriste. Suis-je à ma place ?
A la faveur de la descente du 8ème je dis à tout le monde qu’on n’est pas dans le rythme pour faire 3H45, je les incite à me suivre je suis le lièvre, au pire je n’irais pas au bout.

La course improbable

A l’entrée du bois de Vincennes je suis seul. Je m’y étais préparé mentalement 3H45 c’est pas possible sans préparation, finir serait déjà un exploit. Oui mais voilà, je suis bien seul, mais devant les autres ! Devant ceux qui ont passé des mois, couru des centaines de kilomètre pour ce jour J.
Je tourne la tête pour voir à chaque virage où ils sont. Ils vont me rattraper me dis-je? Mais non. Je finis par ne plus les voir.

Un citation; dont je me souviens jamais l’origine et l’exactitude; que j’aime bien répéter aux coureurs qui veulent l’entendre :

Si tu ne cours pas vraiment, tu ne sais pas que tu pourras le faire

Les kilomètres défilent 11, 12, 13 … sur un rythme de 3H45 … 14, 15, 16 … Je ne cours pas je vis, je suis redevenu le gamin qui en 98 avait décidé à, à peine 16ans de courir les 20Km de Paris.
Me revoilà de retour dans Paris, toujours seul, mais je n’y prête pas attention. Je vais finir mon 2ème 20Km dans pas longtemps; incroyable, mais voilà je pense surtout déjà à mon premier semi-marathon officiel. Jamais encore je n’avais couru une course officiel aussi longue ! Je crie de joie sur cette ligne

Et hop mon premier semi!

Les gens à coté me demande si je suis sérieux. Je leur répond bien sur. Je lis sur leur visage une phrase du style

Il est fou, il n’est pas sérieux

Arrive ensuite un moment qui fera aussi de cette journée une journée Particulière.
Celle qui partage ma vie est là, elle qui n’aime pas se lever le WE le matin, et encore moins la course à pied est là. Juste après ce semi marathon.

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Regardez mon visage, je souris, je prends du plaisir et pourtant je viens de me faire un semi-marathon.
C’est comme ça que vous devez être lors de vos courses.
Je prends même le temps de m’arrêter pour la photo. Et regardez derrière la tête de la personne, comme elle est étonnée et sérieuse dans sa course.
Pour vous; qui de lui où de moi a le plus raison?

Retour à la maison bastille pour la deuxième fois de la journée. A cet endroit les deux dernières années j’étais le lièvre, du coup je connais le parcours et je sais que le ravitaillement n’est pas loin.
A ce moment une pensée me traverse l’esprit.

Mais que fais tu ici?

T’es devant tous ceux qui ont fait des centaines de kilomètres pour ce jour

Tu vas jamais tenir

Cette pensée ne va plus vraiment me quitter. Et pourtant physiquement je suis bien. Mentalement aussi. Un ami me prévient qu’il sera au 27ème kilomètre pour courir un peu avec moi.

Du coup avec cette pensée je m’arrête au ravitaillement du 24ème kilomètre pour prendre le maximum et marche un peu. Avec du recul je n’aurais pas du mais bon. L’expérience les amis, l’expérience.

Je redémarre toujours avec cette même pensée, mais voilà à l’aube du 25ème kilomètre les filles du groupe me rattrapent. Je me suis tout de suite senti beaucoup mieux et à ma place. Je leurs demande où sont les autres. Réponse rapide derrière. Elles sont à fond dans leur course, je ne leur en veux vraiment pas. Certaines me diront plus tard qu’elles ne m’avaient même pas vu !
Je cours avec elle et mon pote m’appel pour me demander où j’en suis. Je perds du coup de vu les filles et le récupère au 27ème kilomètre.

Je ne suis pas dans le mal, je suis super content de partager ça avec lui comme j’ai partagé un bout de sa course l’an dernier.
Il va m’accompagner sur mes records.
Première chose à passer on en rigole, le ravitaillement ISOSTAR, non mais sérieux ça colle par terre ! Je n’en prendrais pas.

On en vient à discuter de mes objectifs, mes records, le 31ème arrive vite et enfin le 32 ! Il me félicite, je ne réalise pas encore et me fixe déjà sur les 3H.
J’arrive au 33ème kilomètre sur le coup des 3H, c’est un moment Euphorisant. Mon pote arrive à me charrier en me disant

T’imagines tu vas boucler un marathon sous les 4H par hasard

Je ne sais pas si c’est cette phrase où le fait d’avoir atteint mes objectifs et de m’être conditionné à marcher bien avant le début du marathon à ce 35Km, mais je ressens une fatigue d’un coup. Certains parle du mur, mais franchement je n’y crois pas. C’est mental à ce moment pour moi.

mdp_34Le ravitaillement du 34 arrive, je me retrouve coincé et cela m’oblige à m’arrêter. Stoppé pour stoppé je me dis que je vais prendre mon temps pour ce ravitaillement.
Sauf qu’après avoir tout ingurgité, impossible de repartir. Mes jambes sont sciées, comme au 20Km de Paris au 19ème kilomètre.
Pour preuve mes temps passe de 5’30/km à plus de 7min/km

Je suis dans l’incapacité de courir. Comment vais-je aller au bout. Mon pote est malheureusement obligé de me laisser. C’est sympa à lui de m’avoir aidé jusque là, mais il a une ptite famille à s’occuper.

Maintenant ça va être dans la tête il reste 6-7Km. Et si y a bien un domaine dans lequel je suis fort c’est le mental !

Je me conditionne et y arrive presque, je redémarre sauf que j’ai envie de la pause pipi. Tu m’étonnes ça fait 3H30 que je cours, plus de 5H j’ai pas fais de pause toilette, et j’ai bu pas loin de 3L d’eau/liquide.
Avant cette dernière je me fais doubler par des boostPotes revigorés par les supporters du 36ème. Sauf que moi j’étais trop concentré je ne les ai pas vu lol. J’ai bien vu 2 copines juste avant mais parce qu’elle m’ont reconnue et je leur suis passé devant à 1m.
La pause pipi est long et salvatrice, je repars comme une fusée, je redouble les boostPote sur un rythme de 11Km/H je suis bien, mais en les redoublant je me repose la question de ce que je fou ici !

A ce moment il est encore possible de finir sous les 4H. Sauf que je veux kiffer cette arrivée, je dois récupérer ma go pro. Et je ne sais pas pourquoi au niveau d’un faux plat je me mets à marcher. La tête elle aussi est en panne, je ne veux plus me forcer je vais le finir dans un temps honorable ce marathon c’est sur.

Nouvelle pose photo au 41ème avec madame, je récupère par la même ma goPro, que je règle pour filmer les derniers mètres de cette course incroyable. Le rêve est là, j’y suis, mais … 4H viennent de passer, je ne m’en rends même pas compte. Je joue avec la foule et ma gopro sur ce dernier rond point, Je recours au panneau des 42Km, et j’entends un

Vas y clément

Allez clément

J’en rigole, 500 mètres, 200 mètres, les photographes, je ne veux pas louper mon arrivée 50 mètres … Ca y est j’y suis 42Km 195,

mdp_arriveeJ’ai envie de pleurer … 15 ans, 15 ans que j’avais enfouie cette course quelque part au fond de moi. L’émotion passera vite quand un ami perdu au 8ème kilomètre me tape dans le dos. Il termine 2 secondes derrière moi; incroyable, c’est çà aussi la magie du sport.

Le temps n’a que peu d’importance 4H05’35, je suis finisher.
Comme me le disait ma mère au téléphone il y a quelques jours

Alors ce marathon? Tu l’as terminé

C’est comme quand tu étais ado, tu te disais je fais cette course et quoi qu’il arrive tu iras au bout

Et oui le mental on peu tous y arriver, il fait 50% du travail si ce n ‘est plus.

IMG_0090Voilà les amis, je vous invite tous à vivre vos rêves, à ne jamais les laisser de coté, on y perd plus à ne pas tenter de les réaliser que de les louper. Et qui sait vous pourriez même réussir avec un peu de conviction. Je vous écrivais en prélude de cette inscription un billet sur le rêve de coureur. Et bien je suis peut être un peu médium en le relisant.

Et voilà je finis ce billet 2 semaines pile après mon franchissement de la ligne d’arrivée.

 

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