UTPMA mon premier ultra trail – récit

Deuxième partie de course

Maintenant c’est sur je suis seul, mais j’ai un sentiment bizarre après cet arrêt.
C’est comme une nouvelle course qui commence, puisque l’initial a été modifié, c’est maintenant une course de 59km et 2300D+ qui m’attend à boucler en moins de 14H30

J’ai l’esprit léger, mais je ne suis pas serein sur la barrière horaire, sentiment opposé très étrange.
Je repars et suis rapidement dirigé vers le parcours de replis.
J’avance sans trop me préoccuper pour l’instant de ce qui se passe.

Une heure après mon départ de Super Lioran un deuxième orage éclate. Pendant plus d’une heure à nouveau des trombes d’eau tombent sans presque dis continuées.
Mon poncho en plus de ma petite veste antipluie arrive encore pour l’instant à contenir les assauts de la nature mais plus pour très longtemps. Mon short en coton est devenu une sorte d’éponge gonflée à l’eau pesant sont poids.
Par contre au niveau du sol ce n’est pas ca.
Les eaux du premier orage qui descendent des sommets se joignent à celle de celui là.

Tant que j’étais dans la montée je ne m’en apercevais pas, mais dans les descentes, les chemins se transforment en mini rivière, j’ai même cru devoir passer dans l’une d’elle quand un mec du coin derrière moi, me confirma qu’à la base c’était une chemin de terre raviné par les pluies qu’il n’a jamais vu aussi violente.

Le ravitaillement décalé est 17km après la base de vie, j’ai du mal sur la fin de cette portion, et le ravitaillement n’est pas protégé car non prévu à l’origine. Je repars tant bien que mal.
Une phrase que je lache à une concurrente en dis gros sur mon état d’esprit

Allez encore un marathon !

 

Le passage obligé

Voilà c’est le moment, j’en ai lu pas mal sur les ultras, j’ai suivi des conférences, dont celle avec Sébastien Spehler qui a gagné la maxi race, et une chose revient toujours, lui même le racontait lors d’un conférence avec une anecdote savoureuse couché dans un fossé au téléphone avec sa copine.
Ce passage obligé c’est :

Le passage à vide.

Et bien pour moi c’est maintenant. Entre ce ravitaillement improvisé et celui de Mandailles 4km plus loin.
4km en enfer. La pluie est pourtant largement plus faible et intermittente, mais les gouttes me paraissent insoutenables. Le poncho, trop chaud, mais trop froid sans, le terrain boueux me parait horrible, les petites rivières me paraissent infranchissable, je me fais doubler par des traileurs qui marchent et parlent tranquille !

Il me faudra plus de 1H15 pour arriver au ravitaillement de Mandailles. 1H15 pour seulement 4 petits kilomètres.
Mais me voila à Mandailles.
Je me change encore une fois pour le T-shirt, je n’arrive pas trop à m’alimenter. J’ai l’impression d’avoir l’estomac plein et j’ai un peu la gerbe !
Ce qui est problématique à 35km de l’arrivée.

Après une discussion avec une bénévole, elle arrive à me convaincre de prendre une soupe.
En même temps après réflexion, j’avais le choix de faire la fin de course sans manger … tendu … ou de tenter un truc et au pire vomir. Ca aurait fait une expérience aussi.

Mais contre toute attente, ca me réchauffe et en plus me libère l’estomac. La révélation.
A la diag soupe aux vermicelles !

J’aurais bien passé 20-30 minutes à ce ravitaillement.

Jamais 2 sans 3

Je repars T-Shirt sec, le ventre léger !

Je ne sais pas encore si j’irais au bout, mais maintenant je pense surtout au prochain objectif. Faire mieux que les Allobroges 66km et 4900D+
Je me fixe donc le sommet de Cabrespine.

Avant cette monté je tente de joindre Charles pour prendre de ces nouvelles sans succès.

A peine repartis, que je troisième orage éclate.

J’étais sec !

Avec un autre coureur on se fait la même réflexion.

Nous sommes quelques un à ce moment là, on marche d’un bon pas, on discute. Certains sont confiant.
Ne pas se cramer, après 80km c’est sur on ira au bout avant la barrière. Je ne suis pas convaincu mais rassuré, ils ont plus d’expérience que moi.

La pluie redoublant au début de la montée celà complique un peu la chose.
Je réussis à me remettre à courir. Je vois les paysage défilé, c’est magnifique. J’alterne entre passage de brume et vue dégagé, redoutant à chaque fois encore un nuage de pluie. Mais enfin le sommet et la descente, rendue technique par les tranchées creusées par les eaux.

Il n’y plus grand monde sur cette portion, les bénévoles présents ont toujours un petit mot pour les coureurs et j’en ai bien besoin.

Sans vraiment m’en rendre compte je passe cet objectif que je m’étais fixé. Maintenant je rentre dans l’inconnu de la distance de la durée, ca fait maintenant près de 17H30 que je suis partis, dont près de la moitié seul.

Il me reste une longue descente, 2 ravitaillements 2 portions de courses pour rallié l’arrivée.

Mais avant le ravitaillement il y a un passage magnifique, mais difficile. Les sources de la Jordane. Pendant plusieurs kilomètres le parcours passe d’un coté et de l’autre de cette rivière. Le sol n’est absolument pas droit, les rochers glissant et à chaque passage de la Jordane il faut monter et descendre plusieurs marches. Un vrai casse patte interminable dont le décor permet de faire oublier la difficulté.

Le ravitaillement est maintenant en vue. Une fois à l’intérieur je me pose proche de la table assis sur une chaise. Une autre découverte lors de ce trail pour les ravitaillements c’est la menthe à l’eau qui me rafraichie et me donne du sucre.
Je sais que maintenant j’irais au bout, il me reste 20km et j’ai 6H30 pour les faire.
J’en profite pour blaguer avec les jeunes bénévoles leur montrant les photos de la boue. elle n’en reviennent pas et pourtant ce n’est pas les pires passages.

Les coureurs présents sont tous là pour le défi personnel, il n’ont d’autres objectifs que terminer. Les pauses se font plus longue, et chacun se parle, y va de sa petite anecdote. C’est très étrange la course n’est pas terminée, et pourtant on en parle comme si c’était le cas !

En route vers la nuit

En repartant le soleil est maintenant largement présent. L’avantage de cette course proche du solstice d’été est que les journées sont très longues. Les nuages et les orages ayant laissé place à un ciel dégagé la luminosité et la visibilité est importante même après 20h.

A partir de là les souvenirs sont flous, je repars du ravitaillement en discutant avec un autre coureur que j’abandonne, les jambes me démangeant. J’arrive à bien courir.
Dans ma tête il est maintenant possible de terminer en moins de 24H ce serait beau, mais ce qui m’inquiète c’est la nuit.
Je n’ai jamais fait 2 nuits, je vais rentrer dans l’inconnue. Mon objectif est simple à fond, pour faire la plus grande partie du parcours de jour.

J’ai l’impression de voler, je suis un des seuls à courir, ca monte ca descend la course me semble comme un parcours de montagne russe.
J’ai beau regarder le profil de la course, sur le terrain je ne m’y retrouve pas, mais j’avance. On est sur une route bien dégagée au milieu des champs, mais voilà que la nuit tombant nous rentrons à nouveau dans la forêt. En l’espace de 10 minutes il fait nuit je dois ressortir la frontale.

Arrive le dernier ravitaillement. Il est presque 22h, et en ces terres le rugby est roi et c’est soir de Final pour Clermont, grosse ambiance au ravitaillement. Un dernier verre de menthe, un dernier bol de soupe aux vermicelles … 10 min de pause et on y retourne

La descente finale

Il ne reste plus qu’une bosse et en avant vers le final. Je suis le seul à courir, enfin je cours à 6-8km/h maxi ! Mes foulées sont courtes, elles rasent le sol, mais j’avance.

7,2km c’est la distance qu’il est sensé y avoir entre le ravitaillement et l’arrivée. Si peu après plus de 100km et tant à la fois. Les sentiments se mélange sur cette journée incroyable en rebondissements.
Et quand je crois que c’est vraiment la fin il y a un dernier rebondissement.
Quand je bascule dans la descente en voulant relevé le pied droit une douleur me saisie. Je m’arrête un instante tente de mettre le pied vers le haut … impossible. J’ai le releveur droit HS ce qui pose un léger soucis.

Le releveur est fortement sollicité lors des descentes. Et là avec la boue ils ont été fortement sollicité.
Voila que je sors les bâtons sur du béton et en descente ! Chose totalement improbable pour moi.

Je passe de celui qui court à celui qui se fait doubler en l’espace de 200m.
Mais voilà au loin les lumières de la ville.

Aurillac me re-voilà

Je vais même passer sous les 24H, peut être 23H30, en fait non trop difficile.
Il y a des marches pour entrée dans la ville, je les descends comme je peux, je range les bâtons.
Je fais abstraction de tout, il reste encore 1 bon kilomètre. Je suis seul.
Revoila les gens qui m’encourage, non ils me félicitent. On est samedi soir, on passe à coté de bars remplient dans les quels des jeunes font la fête, mais me félicitent à mon passage.
J’en ai les larmes aux yeux

ca y est je vais être cent bornare
je vais être ultra traileur

Passage sur la place où nous avons mangés 36h plus tôt.

Dernière ligne droite rue des Carmes, je suis seul, je peux vivre ce moment pour moi.
Je franchis la ligne après 23heures 38minutes et 26 secondes d’efforts.

Je ne réalise pas à ce moment, on me passe la veste finisher que je porterais fièrement à Paris quelques jours plus tard. Elle est d’ailleurs vraiment top. Beaucoup me jalouse !
Le speaker me parle me félicite, mais je suis ailleurs. Mes amis ne sont pas encore là ils me rejoindrons plus tard.

Voilà je l’ai fais, les doutes, les moments difficiles, la blessure tout ceci est maintenant derrière moi comme cette ligne d’arrivée que je viens de franchir de l’UTPMA, mon premier ultra trail.
Je dois l’avouer j’ai une certaine fierté à avoir boucler cette course en moins de 24h.

Le bilan

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