Une deuxième nuit de course – Diagonale des fous

Nous y voila le sommet du Taibit n’est plus très loin, mais déjà la nuit tombe sur la Réunion, et il est à peine 18H.
Voici le moment que je redoutais le plus avant la course ; passer une nuit complète sur la course. Lors de ma préparation c’est la seule chose que je ne savais comment préparer. Une nuit complète à courir. Comment s’entrainer pour ça ?

Clairement je ne me voyais pas comme un Grégoire Chevignard partir seul pour passer une nuit complète dans une forêt. Aucune envie, aucune motivation pour me lancer dans ce genre de chose seul. Alors je resterais sur mes acquis. Une SaintéLyon avec une course de nuit de 1H à 9H30 en hiver et un départ à minuit lors de l’UTPMA en Juin. Mais en France à 6H il faisait déjà jour. Sans compter que pour ces 2 courses, les nuits étaient au départ. Alors il y a bien eu un début de 2ème nuit à l’UTPMA avec de petites hallucinations quand je prenais les arbres aux bords des routes pour des animaux à 23H, 1 heure avant l’arrivée. Mais aucune expérience d’une nuit complète en milieu de course qui plus est de plus de 11H comme à la Réunion.

Mais la peur de la nuit ce n’est pas seulement comment courir pendant. C’est aussi se demander quelle(s) rencontre(s) je pourrais faire au milieu des cirques de la Réunion. Disons que je ne suis pas fan de tout ce qui est insectes et araignées où autres animaux autochtones. Aurais-je envie de dormir, pourrais-je lutter contre cette envie, ou devrais-je trouver un lieu pour m’assoupir même si ce n’est pas le plan, les nuits étant froide à la Réunion. Et pendant cette nuit Serais je seul à courir ? Il est presque certains que Charles serait déjà devant. Je crains d’autant plus cette nuit que certaines barrières horaires, de grand place à école de Roche Plate ; semblent plus difficiles que les autres et m’inquiètent en cas de difficultés certaines durant cette nuit. Alors comment gérer aussi ce point là? Julien Chorier durant le Stage à Val Thorens nous avait expliqué qu’une partie de la réussite d’un ultra se fait dans la préparation de tout ce qui pourrait mal se passer. Et pour chacun des points avoir prévu une réponse avant la course pour ne pas être pris au dépourvu pendant. J’ai beau avoir pensé et repensé à cette phrase, cette inconnue qu’est la nuit en course a laissé chez moi bon nombre de questions. Toutes ces questions qui n’ont pas trouvé réponse se trouvent maintenant juste devant moi. Cette nuit sera pour moi un course dans la course.

Les dernières lueurs du jour rougeoient sur les crêtes des cirques à l’horizon. La tombée de la nuit déjà rapide à la Réunion va d’accélérer pour nous qui basculons au sommet du Taibit laissant derrière nous le cirque de Cilaos pour pénétrer dans celui de Mafate.

Dès le début de la descente j’ai du mal à suivre Charles dans les marches. Mais je ne m’en fais pas trop, j’ai besoin de moins de pause que lui et le ravitaillement de Marla est indiqué pas très loin … normalement. Je le rattraperais sur place. Très vite à force de descendre je m’aperçois qu’il y a un soucis. Pas de Marla en vu alors qu’il devait être à, à peine 5 – 10 minutes du sommet. Première confrontation avec l’approximation du plan de course présent sur le dossard et pas des moindres, puisque le ravitaillement est plus de 2km après le sommet.

Il est maintenant un peu plus de 19H30, il fait nuit noir quand j’arrive au ravitaillement. Charles est déjà là posé à manger. La chaleur du jour laisse place au froid de la nuit en montagne, Marla se situant à presque 1600 mètres d’altitude. Je profite de ce ravitaillement pour me changer, prendre de la soupe, se poser sur un banc avec une table. Une première depuis le début de la course. Tenter un sandwich de saucisse, sur lequel je ne finirais par manger que le pain alors que j’ai mon sandwich dans mon sac. Pourquoi ne pas prendre ce que j’ai sur moi, que je sais digeste et que j’ai longuement testé et qui m’a réussis au trail des Passerelles ? Surtout que 19H30 c’est aussi l’heure à laquelle je mange en général. Tout est réunit pour faire un arrêt éclair et repartir. J’ai l’impression de refaire toutes les erreurs de mes débuts en trail avec le recul. J’ai peur de manquer, je ne me fais pas confiance sur ce que j’ai testé. Et ca c’est vraiment dommage parceque je me balade comme pour le début de la course avec l’eau du poids en plus !

Sur la belle pelouse du ravitaillement déjà presque une dizaine de couvertures de survie. Sous chacune d’elle un traileur ou une traileuse tentant de dormir. Vu le froid, je ne pense pas que ce soit une bonne idée. De mon coté j’essaierais seulement d’aller aux toilettes sans grand succès.

A force d’être à l’arrêt le froid commence à me saisir, alors je n’imagine même pas ceux sous leur couverture de survie. Il est temps de partir, rester plus longtemps inactif serait une mauvaise idée.

Cet arrêt m’a réveillé, et quand nous repartons nous discutons avec Charles et un ou deux coureurs. La crainte de cette nuit est toujours présente. J’espère rester au contact le plus longtemps possible.

Nous sommes encore un certains nombres à courir. Nous croisons beaucoup de coureurs qui nous doubles ou que nous doublons. J’ai même l’impression que les coureurs ont tendance à se regrouper la nuit pour courir en groupe. Les plus rapides ralentissant un temps, les plus lent tentant de tenir le rythme, jusqu’à une certaines limites les groupes se scindant pour en reformer des nouveaux plus tard. Les plus rapides devenant les plus lents de ceux qu’ils rattraperons et les plus lents devenant les plus rapides de ceux qui les rattraperons.

Dans la descente point de soucis j’arrive à suivre, mais dès que ca monte je commence à lâcher. Le terrain est très spécial. Tous les chemins sont fait de rondins de bois et de racines enfoncés dans la terre. Je n’ose imaginer ces chemins s’il avait plu. Les appuis sont du coup assez bizarre. Impossible de décrire correctement cette sensation sous le pied, entre dur sous certaines parties du pied et sans rien sur d’autres ou encore mou. Très étrange et très fatiguant à la longue sans vous parler de mon mal de pied que je traine déjà.

Les souvenirs de cette nuit peuvent être plutôt flou par moment et vous comprendrez pourquoi plus tard. En attendant sur cette section j’ai ce souvenir de courir vite de rattraper des gens d’avoir Charles en ligne de mire, puis j’ai du retirer un truc dans ma chaussure. A partir de là plus possible de suivre le rythme. Les marches et encore les marches m’épuisent. Le sommet fini par arriver, et je crois que ce sera la première et la seule fois de la course où je serais content de voir une route goudronnée. Je n’en pouvais plus de ces rondins de bois, et puis cette route c’est surtout des gravillons. Du coup j’envoie du bois sur cette portion alors que la plus part des coureurs marchent à la lueur de leur frontale.

A l’arrivé au ravitaillement cette petite accélération m’a redonné une pêche d’enfer. J’y retrouve Charles en pleine discussion avec un autre coureur. Lui aussi à le smile d’avoir pu relancer.

Je prends le ravitaillement tranquillement avec l’envie de repartir. L’envie est décuplée quand l’autre coureur nous annonce que la descente suivante se fait super bien et qu’on peut être en bas à ilet à bourse très rapidement.

Effectivement on est très rapidement à sentier scoot 2km plus loin, pas de gros ravito juste de l’eau et un pointage. On attend ce coureur qui nous di d’y aller. Toujours avec la confiance on y va. On ne le reverra pas et heureusement …

Très rapidement les chemins deviennent étroits, puis boueux, puis de l’eau coulent. Les chemins se transforment non en descente, mais en une succession de montées descentes. L’espoir fait naitre par le coureur plus tôt se transforme en désillusion au fur et à mesure que je m’aperçois que je ralentis et que je perd Charles de vu. L’avancée se fait de plus en plus difficile malgré la descente que j’affectionne en général.

Je vais mettre plus de 2H pour faire les 8km séparant les deux ravitaillements dans un calvaire incroyable. Durant ces 2H je suis rentré à nouveau dans un cycle négatif. Alors que je traverse Mafate Je ne suis plus qu’un zombie qui ère sur les sentiers. Mes pensées sont simples, mettre un pied devant l’autre et avancer quoiqu’il advienne. Le long des chemins des dizaines de coureurs sous leur couverture de survie. Mafate est devenu un immense camping, et avec le moral en berne je me pose beaucoup de questions sur ce que je dois faire

Et si je faisait pareil, après tout je suis fatigué j’irais mieux si je dormais un peu.
Et puis je n’avance quasiment plus.
Ca changerait quoi ?
Tiens ici ce serait bien non ?

Je scrute le moindre recoins et découvre les petites araignées ronde de l’ile qui brille sous la lumière de la frontale. Mon esprit n’est plus concentré sur la course mais sur le fait de trouver un terrain pour dormir. Puis revient un moment de lucidité. Pas envie de trouver une araignée sur mon nez à mon réveil et si je m’arrête par ce froid cela pourrait être pire ensuite. Je continue à avancer. La déprime me gagne quand je m’aperçois qu’à cette allure je ne passerais certainement pas la barrière de Roche Plate indiqué initialement à 9H30. 10Km m’en sépare au moins, il me faudrait donc 5H pour y arriver à ce rythme. Je cogite beaucoup et sors mon téléphone pour lire les messages que je reçois depuis des heures. Ceux ci me redonne le moral un temps et pendant que je les lis arrive devant moi un obstacle. Un coureur arrêté au milieu du chemin en descente entre 2 arbres. Je ne suis plus très lucide, je dois harangué pour qu’il se pousse et je me prends la racine qu’il cachait de son pied et tombe n’importe comment. Me tordant les genou, je suis comme un enfant à terre, le téléphone en main ne sachant comment me relever et quoi faire de ce téléphone.

En me relevant je suis au bord des larmes. Tous ces sacrifices et ce voyage pour s’arrêter là quelque part au milieu de la nuit, ou arrêté par les prochaines barrières horaire. Non il est hors de question de tout perdre ici et maintenant sans rien tenter. Comme le disait Jean Pierre à Val Thorens beaucoup regrettent de rendre le dossard trop tôt sans avoir fait le bilan et n’avoir rien tenté lors d’un passage à vide. En trail les passages à vide sont obligatoire, je sais qu’ils finissent par passer. Alors où en suis-je ?

J’ai envie de dormir => faudra attendre au moins le jour
J’ai mal au pied => oui mais seulement en descente, en montée ca passe. Là ca va bientôt remonter
Me suis je fait mal en tombant ? => pas vraiment ca va
Je peux avancer ? => oui

A ce moment je suis a peu près lucide pour me rappeler le course de « Méditation flow » avec adidas. Repenser au moment d’une course où tout se passait bien, créer un ancrage comme dit Jean Pierre, et se focaliser sur cette sensation.

Pour moi c’était à la Plagne. Moment où j’ai aussi cru me prendre une barrière horaire. Je me suis lancé dans une descente à corps perdu comme une fusée. La chance est que je suis à peu près dans la même configuration, la nuit et la fatigue en plus. Je me re-concentre sur mes objectifs sur cette sensation que je peux tout réussir. Très vite je repars je cours, enfin j’avance vite. Très vite la concentration laisse place à une autre forme de divagation, les hallucinations. Pendant de long moments j’ai l’impression de déjà vu. Chaque arbre chaque morceaux de chemins j’ai l’impression de savoir ce que va être la suite.

Je me souviens plus particulièrement de ce moment qui donnait dans ma tête

La ca descend, puis après ca va tourner à gauche rapidement, puis va y avoir une école, elle sera rouge l’école.

J’ai l’impression d’y être, que ce sont de vrai souvenirs, mais je ne suis jamais venu à la réunion. Alors bien sur c’était pas vraiment ça. Ca n’a pas tourné à gauche rapidement, mais plutôt après un bon quart d’heure et puis l’école n’était pas rouge, en fait il n’y avait pas d’école, pas de maison non plus.
Il parait que les impressions de déjà vu sont dues à des neurones qui éclatent dans le cerveau. J’ai du en perdre pas mal cette nuit là !

Les hallucinations ont continués, mais le plus impressionnant ce n’est pas qu’elles continues, mais que je sois conscient que j’hallucine. Malgré tout j’arrive à rentrer dans un état second. Le seul objectif arriver vite à Roche plate, je suis totalement focus quand j’arrive à Grand place.

J’y retrouve Charles qui me demande comment j’ai fais pour le rattraper il vient juste d’arriver. Je ne le crois pas, et lui dis qu’il faut qu’on reparte, qu’il faut arriver avant tel heure à Roche Plate. Je suis comme hypnotisé par ma concentration. Lui veut se poser un peu. Un des coureurs nous explique qu’il y a erreur sur la barrière horaire, qu’elle est 1H30 plus tard qu’on a le temps. Du coup nous restons assis à parler.
Ma concentration s’en va, puis nous repartons. Charles mettra ses écouteurs pour se concentrer, moi je veux le faire sans aide. Me revoilà à erré sur les chemins, à nouveau à chercher de quoi dormir. Puis vient une descente abrupte, les douleurs aux pieds refont leur apparition, je suis comme scotché, mais plus un seul coureur à mon niveau je suis seul.

Je vais mettre plus de 45min pour parcourir à peine plus de 1km en descente. A chaque fois que je levais les yeux je voyais au milieu de cette nuit noir sur l’autre versant les points lumineux des frontales au milieu des arbres qui annonçaient une remontée encore plus longue.

Une fois en bas un poste de secours à qui je demande s’ils peuvent regarder mes pieds. Mais non ils me disent de voir au ravitaillement suivant alors je repars et traverse la petite rivière au fond de cette ravine. De l’autre coté j’hésite sur le chemin en ayant peur de me perdre. Est ce que je risque la même chose que les premiers ? En plus je suis seul à ce moment même si je serais rattrapé quelques temps plus tard. Cette montée ressemble sensiblement à la dernière, des rondins et racine dans la terre, des marches et encore des marches.

Je me bats à partir de mi montée contre le sommeil. Je suis à la limite, j’ai envie de dormir, ma frontale commence elle aussi à me montrer des signes de fatigues. Elle finira par s’éteindre alors que je suis à nouveau seul au milieu de nul part. J’en profite un instant pour lever la tête et quel spectacle incroyable. Je suis loin de toute source lumineuse, la voute céleste est majestueuse, je ne l’avais pas vu comme ça depuis que j’étais petit en bord de mer. Je me sens tout petit dans cette immensité. Je pourrais rester des heures à contempler ce ciel remplis d’étoiles et imprégner ma mémoire de la trace de la voie lactée. Toutes les bonnes choses ont une fin quand je me fais doubler par un coureur me ramenant à la course. Je change la batterie de ma frontale et repars.

Très vite je titube et m’endors encore une fois en courant. J’essaie de forcer le pas pour arriver au ravitaillement. Le jour pointe le bout de son nez quand j’arrive au plateau de roche plate.

Mais où est donc ce foutu ravitaillement.

A chaque bâtiment que je vois au loin je me dis que c’est celui ci mais une fois arrivé à coté ce n’est pas le cas. J’en suis arrivé à penser que le scotche pourrait être un élément à prévoir dans le matériel pour pouvoir tenir mes paupières et ainsi mes yeux ouverts. Puis vint le soulagement d’arriver à Roche Plate. 1er réflexe demander pour mes pieds, mais rien, et puis de toute façon faut je dorme là. Je vois des gens sous des couverture un peu plus haut dans le ravitaillement j’y file directe comme un robot pour en prendre une et m’allonger à même le sol. J’ai tellement envie de dormir. Je m’assoupis rapidement avant d’être réveillé par des crampes. Je tente de mettre mes jambes en appuis en hauteur mais du coup je laisse passer l’air froid du matin. Je dois me résoudre à me lever pour ne pas avoir froid. Ces quelques minutes m’ont tout de même fait du bien.
Je redescend les quelques marches de l’école séparant le ravitaillement, une soupe chaude fera l’affaire. Autour de moi les visages sont marqués, des coureurs sont à la limite de l’hypothermie. Le soleil est bien levé mais nous sommes encore à l’ombre, il ne faut pas s’attarder, il va faire chaud plus loin et rester là au froid n’est pas bon non plus. Je pars faire la queue pour les toilettes, où je m’aperçois qu’une tente chauffée est présente pour les coureurs qui voulaient dormir. Mais là je n’ai plus envie.

Pendant cette attente, j’en profite pour me changer, devant moi m’attend le « terrible Maido » que les coureurs craignent pour ces presque 1000m D+ en 6,5km. Mais mon Everest à moi est derrière moi, la deuxième nuit de course est passée. Hormis gros soucis et même s’il reste d’après le plan fourni par l’organisation 60km je me dis que j’irais au bout.

Suite : Le KV une course à part au Maido

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