Un parcours technique – Diagonale des fous

Nous repartons tranquille de Marre à Boue. Enfin je repars tranquille, parce que Charles a des fourmis dans les jambes et me pousse à courir.
D’habitude c’est moi qui veut partir vite des ravitaillements, mais pas à cette course … la peur de l’inconnu ?
Charles a plus d’expérience sur les courses longues que moi. Alors que mon premier 100 kilomètre fut celui de l’UTPMA en Juin, de son côté il avait déjà fait la CCC et l’ultra-race.

Finalement je cède et finis par courir. La base de vie de Cilaos est dans une petite 20aine de kilomètres, mais avant nous devrons escalader et s’approcher du piton des Neige puis redescendre vers Cilaos.

A force de trottiner je me mets même à courir, les difficultés précédemment ressenties s’effacent. Je prends même les devants. Jusqu’ici le parcours n’a clairement montré aucune difficulté. Une question se pose. Comment ce fait-il alors qu’entre l’UTMB (Ultra Trail du Mont Blanc) et la Diagonale des fous qui ont des distances et un dénivelé similaire les temps des meilleurs soient de 19H30 pour le premier et de 23H30 pour le second ? Près de 20% de différence tout de même.

La première réponse je vais l’avoir en partant de Marre à Boue.

Peu avant le ravitaillement je discutais avec un local venu s’entrainer 3 semaines avant la course à cet endroit. Pour lui aujourd’hui ça va être plaisant limite du gâteau. Il y a 3 semaines il a plu, et comme son nom de lieu l’indique Marre à boue se transforme alors en  … Marre de boue. Les chemins sont les points bas d’une immensité de terre, et ils se remplissent alors d’eau et de terre. Je me dis qu’on a de la chance il n’a pas plu depuis un moment et aujourd’hui grand soleil ça devrait aller.

Mais avant ça c’est une autre difficulté que je vais découvrir. Je vais faire la rencontre avec les marches de la Réunion … Enfin les marches, façon de parler. Avant de partir Thierry un coureur de la Team Odéon sur Paris ayant fait la Diag quelques années auparavant m’avait prévenu. Tu vas voir là-bas les chemins ce ne sont que des marches. Alors je l’avais bien écouté et j’avais bien fait quelques séances en incluant des escaliers. Le samedi en préparation physique à la BNF, Montmartre de temps à autres et une sortie sur la butte d’Argenteuil. Mais là les marches qu’on est en train de monter ne ressemblent en rien à nos escaliers.

Les pluies à la Réunion ravinent régulièrement les chemins embarquant par la même les fameuses marchent qu’il faut remplacer régulièrement. Là tu t’imagines un bel escalier et bien que nenni. La marche réunionnaise est un bout de bois placé comme il se peut pour retenir la terre. Ce qui donne des marches d’une hauteur variant de 5cm à presque 1m ; autant te dire qu’avec ma taille de 1m69 j’ai souvent eu les genoux dans le menton ; et la largeur je ne vous en parle même pas. Un pas, deux pas, une foulée, deux foulées ; non plus ; t’alterne tout ça il n’y a pas une longueur pareil de toute façon.

C’est donc sur ce nouveau terrain de jeu que la montée commence. Et franchement je me fais plaisir, je cours je saute, tout va bien pour moi, le sommeil est loin et j’avance plutôt bien.

Puis Charles me parle d’échelles, d’endroits escarpés qu’il a pu voir sur des vidéos de coureurs. Moi je n’ai pas voulu en regarder, hormis une seule et encore entre coupé en accéléré. Je voulais garder la surprise du décor et du parcours. C’est aussi ça l’aventure, « la surprise ». Je ne comprends pas tous ces coureurs qui se renseignent sur tous les points d’une course, jusqu’au T-Shirt finisher ou la médaille. Parce que si la médaille et le maillot sont moches il sera plus facile d’abandonner; la course n’en vaudra pas le coup ? Bon j’en comprends certains, ceux qui veulent terminer dans les premiers battre leur record etc.… Mais sur un Ultra, la plus part d’entre nous ne ferons qu’aller au bout d’eux même pour un temps somme toute peu important. Je trouve que venir sans vraiment savoir, avoir juste des images d’Epinal, comme celle que je poursuis de ces coureurs sur ce volcan, est bien plus excitant. Un Ultra c’est l’aventure, l’extrême la découverte aussi bien de soi que d’une région complète, aujourd’hui la Réunion.

Les marches s’enchainent, les premières ravines apparaissent, et les sols secs font placent à la boue. Il fait pourtant chaud et beau mais ce passage est très humide, les marches sont au milieu de marres de boue, enfin quand il y a des marches. Car sur certaines portions, ce sont carrément des pierres qui sont placées sur le fond des chemins émergeant à peine de la boue pour pouvoir poser ses pieds au sec et avancer. De mon côté j’évolue rapidement sur une technicité que j’aime bien et je double pas mal de coureurs. Puis devant moi, deux coureurs en mode « hésitation à poser les pieds n’importe où y a de la boue il faut réfléchir pour pas mettre mes pieds dedans ». Mais moins tu vas vite, moins ta foulée peut être longue et ta pose de pieds lourde et donc moins de choix pour avancer au milieu de tout ça. Je finis par les doubler et quelques centaines de mètres plus loin, là c’est une immense plaque de boue, que je pense pouvoir contourner par la droite. J’entre aperçois une branche et ce qui me semble être un sol peu boueux. J’y arrive en courant pour avoir les appuis les plus fluides possibles. Le pied gauche se pose sur la branche qui s’enfonce plus que ce à quoi je m’attendais, je glisse un peu, je suis trop court pour ce qui semblait être un sol avec peu de boue, le pied droit se pose un peu avant, j’enfonce la jambe droite jusqu’au-dessus de la cheville, je tente de me rattraper avec la gauche sur l’endroit repéré … perdu c’est encore plus profond, me voilà tanqué jusqu’au mollet.

Les deux autres coureurs arrivant et me voyant en mauvaise posture, contournent quant à eux côté gauche dans la foret pour éviter le piège. Ils ne se seront pas enfoncés, mais auront mis plus de temps que mois tout de même à s’agripper aux branches et aux arbres.

Me voilà donc gratifié de kilos de boue à chaque pied qui finiront pour la plus part par partir ou sécher.

La montée se poursuit et c’est maintenant au tour de single. Je n’arrive plus très bien à me repérer, je sais juste que ça monte et ça monte bien. Je ne cours presque plus, les marches m’en dissuadent de toute façon. La végétation autour de moi est luxuriante et j’en suis plutôt ravi parce que le soleil tape déjà pas mal. A ce moment-là avec Charles on joue au jeu du chat et de la souris, un coup devant un coup derrière.

Puis d’un coup je me fais la réflexion suivante en cherchant le paysage.

Les arbres sont bien présent à droite et à gauche et ça me semble bien pentu juste après la première rangée

Juste après une échelle à descendre, une légère trouée dans les arbres me fait entre apercevoir Cialos. Et quelques mètres plus loin, tout s’explique, plus d’arbre ou de végétation luxuriante de chaque côté. Je suis sur une crête d’un mètre de large me donnant une vue à couper le souffle. L’effet est incroyable, Cilaos est là au milieu du cirque, mais au loin qu’est-ce ? Cette ligne bleue qui semble pourtant plus haute ? C’est l’océan et la rotondité de la terre. C’est magnifique Je m’arrête pour une photo  je suis seul et ne risque pas grand-chose. Quelques instants après des coureurs me doublent en se demandant ce que je fais. Ce qui leur fait tourner la tête.

L’un d’eux dira après quelques pas et un retour arrière

Ah oui ça mérite une photo

Tandis qu’un second s’exclamera en continuant sa route

La première fois tu viens pour le paysage et les photos, ensuite pour faire un temps.
Moi c’est ma deuxième

Est-il prophète ?

Nous sommes bientôt cinq, six à prendre des photos et je tente le selfie, mais pas rassuré par le vide juste derrière moi et les coureurs passant juste devant.

Il est temps de repartir, avec la folle envie de partager ces photos. Mais ici point de réseau suffisant, tant pis ce sera pour plus tard.

On me demande souvent si en trail on a le temps de profiter du paysage même quand cela devient difficile. Et bien il y a toujours un moment pour profiter des beautés de la nature, qui plus est que ces moments permettent d’oublier un instant les difficultés, rappelant que  plus loin ces dernières pourraient être encore plus incroyables.

Cet arrêt aura quand même un effet, il me coupe les jambes, me ramène aussi à mon état, la chaleur, il est un peu plus de 11H à la réunion et je commence à avoir faim. Je continue néanmoins sur ce single, entre vide, échelle et rocher à escalader aussi bien en montée qu’en descente. Puis un petit espace d’herbes à l’ombre se profile, je m’y assois pour manger, je suis bien ici, et quelques minutes après Charles m’y rejoint, puis un autre coureurs. On partage nos premiers souvenirs de courses, et Charles s’endort ! Salaud va ! Moi j’ai toujours pas dormis t’en es à ta deuxième sieste ! Bon bien sur je ne lui ai rien dis.

Impossible de le réveiller en plus. Pour me venger je l’ai pris en photo. Mais vous ne la verrez pas, cadeau à sa famille pour plus tard.

En insistant un peu en mode je te secoue je repars il a fini par se lever.

Nous voilà maintenant dans la descente vers Cilaos, assez rapidement les habitués nous préviennent que ce ne sera pas facile. Devant nous un mur ; 800m de dénivelé négatif sur 2km seulement ; un chemin étroit et des lacets dignes de l’alpe d’huez en vélo. A ceci près qu’ici le chemin est parsemé de rochers, d’échelles et de marches au bord d’un vide vertigineux au milieu d’une végétation luxuriante. Il est impossible de voir la fin de ce chemin et encore moins depuis le haut.

Il m’aura fallu plus d’une heure sur cette portion où je n’étais clairement pas à l’aise et où le pire aurait pu se produire. Sur ce genre de section les petits sont peu à leur avantage, les marches autour d’un mètre empêchent une descente fluide. De nombreuses femmes de petits gabarits ont créé de nombreux bouchons, où des dizaines de coureurs se suivaient à la queue leuleu. Charles a réussis rapidement à passer les premières et à s’accrocher à un groupe qui descendait bien.

Il faut savoir qu’avoir quelqu’un qui ouvre le chemin devant est plus facile, on regarde où poser le pied, on débranche le cerveau et on suit.
A l’inverse une fois dans un bouchon il est plus difficile de remettre du rythme, même une fois les personnes plus lentes passées.

Mais est-ce vraiment de la faute de ces personnes les bouchons ?
Certains ont tendance à la penser, en estimant qu’ils avaient qu’à mieux s’entrainer pour descendre plus vite sinon faut laisser la place.

Alors que je discutais dans les bouchons avec un photographe venu accompagner des amis ; il ne faisait que cette section, nous étions quasiment à l’arrêt derrière des dizaines de coureurs et avec des dizaines de coureurs derrière. Mais nous commencions à entendre râler quelques virages plus haut. Alors que nous échangions sur le fait que certains semblaient plus pressés que d’autres, que nous étions à l’arrêt juste après un virage bien raide, l’impensable se passa.

Alors que le virage était bien raide déjà, peu avant ce dernier on voyait une coupe dans les végétaux. C’est cet endroit qu’a choisi un Réunionnais ; poussant déjà d’autres coureurs depuis quelques temps ; pour couper et gagner en plus de quelques places, du temps. Mais voilà la pente était trop raide, le sol trop lisse et sans accroche possible, sa vitesse l’embarqua dans une descente incontrôlable, les premiers cris arrivaient, j’ai juste eu le temps de tourner la tête pour l’entre apercevoir, par réflexe j’ai mis mon corps en opposition avec mes pauvres 57kg, face à une personne bien plus corpulente, puis le choc arriva. Je reculais d’un pas, glissais avant de stopper tout ça. 5cm derrière mon pied gauche 200mètres de vide, mon cœur était à 200, le sien pareil j’imagine. Pas eu le temps d’émettre un seul son que la bronca montait autour de moi

Inconscient
Idiot
Y a que vous les réunions pour faire ça
Tout ça parce que vous estimez qu’on vous gêne
Nous on n’est pas habitués à ce genre de terrains

Les échanges fusent les insultes pleuvent, entre réunionnais et Zoreilles comme sont appelés les gens de la métropole. Ce simple incident qui aurait pu être tragique fait ressortir les pires clivages de l’ile, qui seront coupés par un autre Réunionnais qui eut la sagesse de ces paroles

Des imbéciles il y en a partout
Réunionais, Créoles
Zoreil
Pareil

Serait-il un peu prophète aussi ? Vous allez vite le savoir

Pour un instant le fautif reste tranquille dans la file, la descente reprend, chacun laisse passer les plus rapides et un moment je me remets à courir et suivre le rythme dans cette descente. Mais plus loin à nouveau des bouchons. Et un peu plus bas enfin on voit apparaitre la fin de cette descente.

Le chemin plus facile et un peu plus large incite encore une fois certain à l’inconscience et cette fois c’est un metro qui voulant couper un virage se loupe complètement et me tombe dessus. Je le rattrape plus facilement cette fois et m’énerve.

Le prochain, qui tente une connerie pareil, je le prends et je le balance moi-même dans le ravin ça m’évitera de m’y faire envoyer.

Ce qui scotche tout le monde y comprit l’inconscient. Le message semble passé parmi la trentaine de coureurs autour.

Une fois sortie de la forêt la descente n’est pas terminé, Cilaos est proche mais encore loin. Après une portion de route, où je déroule à 10 -12km/h il faut à nouveau descendre sur un chemin de terre et de marches avant de remonter de l’autre coté sur Cilaos. Je ne m’y attendais pas, et moralement c’est un peu difficile, certains se plaignant de ce passage, mais il ne reste pas grand-chose avant le stade.

L’entré dans la ville de cilaos est grandiose, il y a du monde partout, j’ai des jambes de feu pour rejoindre la base de vie.

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