Sport sur ordonnance loi utile ou stupide

hemicycle-plein-vue-panoramiqueSi je vous dis code de la santé publique, article L. 1142‑30 amendement 917 , ca vous parle ? Et maintenant si je vous dis prescription de sport sur ordonnance ?
Là ca vous parle un peu plus.
C’est une loi qui est un peu passée inaperçue, et qui propose, dans certain cas, la prescription par les médecin généraliste d’activité sportive.
Alors bonne ou mauvaise loi ?

Je vais rentrer dans un sujet très polémique que je vais essayer de traiter le plus objectivement possible en me positionnant du point de vue de chaque partie.

La loi sur le sport sur ordonnance c’est quoi ?

Cette loi est passée très récemment à l’assemblé, avant d’être retoquée par le sénat et d’être approuvée à l’unanimité par nos députés (je n’ai pas réussis à trouver le nombre de votant). Vous pourrez en retrouver les discutions sur le site du sénat.

Ce que dit la loi:

« Art. 1142‑30. – Dans le cadre du parcours de soins des patients atteints d’une maladie de longue durée, le médecin traitant peut prescrire une activité physique adaptée à la pathologie, aux capacités physiques et au risque médical du patient.

« Les activités physiques adaptées sont dispensées par des organismes soumis aux dispositions du code du sport et labellisés par l’Agence régionale de santé et par les services de l’État compétents, dans des conditions prévues par décret.

« Une formation à la prescription d’une activité physique adaptée est dispensée dans le cadre des études médicales et paramédicales ».

Elle limite donc la prescription aux maladies longues durées, et doivent être pratiquées par des organismes labellisés.
De première abord on limite donc les dérives, et apparement la première critique d’assistanat.

Mais qu’en est il vraiment.

Avantage de la loi

Cette loi a été pensée car la France est championne du monde de la consommation de médicaments, et loin en terme de développement des thérapeutiques non médicamenteuses.

On s’aperçoit de plus en plus (via des études) que la pratique sportive, préviens les maladies, peut en guérir et aide à la guérison de façon parfois spectaculaire et bien plus efficacement que les médicaments eux mêmes. Attention toutefois elle ne saurait se substituer de façon total aux médicaments.

Le sport éviterait donc la consommation de médicament et les effets souvent indésirable de ces derniers, améliorait le taux de guérison des patients dans des délais plus court, comme le montre une étude sur les cancers de la prostate et du colon qui avec une rééducation sportive réduirait la mortalité respectivement de 61% et 49%.

Les couts engendré pour la société serait aussi bien moindre et la SECU ferait des économies.

Et si en plus la liste des pathologies que le sport aide à combattre est longue : maladies cardio-vasculaires, diabète, insuffisances respiratoires, obésité, dépression, ostéoporose, arthrose, voire certaines formes de cancer… alors c’est tout bénef.

Au premier abord tous les feux sont au vert, la société au lieu de financer des médicaments, financent du sport, les patients se portent mieux et on fait des économies.

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Le débat … Et si le sport sur ordonnance était une nouvelle forme d’assistanat

Avant de nous pencher de plus près sur les points suivant je vers revenir un peu sur mon histoire, pour peut être comprendre les explications qui suivront.

J’ai moi même eu recours à du « sport sur ordonnance » qu’on appelait à l’époque et qui s’appel toujours de la rééducation.
Pourquoi en ais je eu besoin ?
Tout simplement car je ne pouvais plus plier le genoux, que j’ai eu besoin d’un renforcement musculaire spécifique que je ne pouvais pratiquer chez moi faute de machine adéquate, que l’assistance d’un kiné était nécessaire et que j’ai du presque ré-apprendre à marcher.
Une fois la fonction de marche retrouvée et normale après 6mois, j’ai reçu de la part des kinés et autres médecins des conseilles d’exercice, libre à moi de les pratiquer.
Grâce à cette rééducation qui ne m’a rien couté ou presque j’ai pu remarcher correctement sans douleur.

Donc penchons nous de plus près sur les différents arguments de cette loi et les études qui ont amenées à cette décision.

Que disent les études

plusieurs études scientifiques ont démontré que l’activité physique et sportive permettait par exemple, chez les diabétiques, de réduire de 50 % le coût total des soins de santé

Chez les patients ayant eu un cancer du côlon, du sein ou de la prostate, l’activité physique et sportive est associée à une réduction de 50 % des risques de rechute

La pratique régulière du vélo ou de la marche à raison de trente minutes par jour permettrait en effet, selon l’OMS, une diminution de 30 % à 50 % de l’incidence des maladies cardio-vasculaires

C’est ce troisième éléments qui a mené les débats.
Où se trouve la responsabilité du bien être et de la santé de chacun. Est-ce à la société de prendre en charge le bien être et la santé ou à la personne d’être responsable de sa santé et de faire du sport pour que celle ci soit meilleur?

Des positions de société

Les deux positions sont légitimes et prennent sens suivant les cas.

Dans mon cas d’un accident, il était inenvisageable de ne pas recevoir de rééducation, les couts à long terme et les conséquences sur mon corps auraient été catastrophique.
Dans le cas d’un cancer ou de maladies longues durées sur des personnes n’ayant pas l’habitude de la pratique sportive, il est certainement nécessaire pour la motivation et l’explication que celles-ci débutent avec l’aide de professionnels, médicaux ou sportifs.
La question se pose alors, quand cet accompagnement doit il cesser ?

C’est ce que rappel Mme Catherine Deroche, lors des débats au sénat

[…] Ce n’est pas parce qu’elle conteste les bienfaits du sport pratiqué en complément du traitement médical des pathologies, madame Laborde !

Les médecins généralistes et autres spécialistes prescrivent déjà certaines activités physiques à leurs patients, qui sont invités à les pratiquer de leur propre initiative, en dehors de tout organisme.
Pour certaines activités physiques ou certains patients, le recours à une structure spécifique peut en effet être préférable et une labellisation est donc nécessaire.
[…]

La commission s’est donc interrogée sur l’apport réel de cet article par rapport à la situation existante et sur tous les éléments de complexité qu’il est susceptible d’introduire […]

forrest_gump_interview_2A partir du moment ou nous savons que la pratique régulière d’activité physique est nécessaire, vélo, marche, étirements, que les frais personnels engagés pour ces derniers sont en général minime, est-ce vraiment à la société de les prendre en charge ?

Mr Alain Milon le rappel même sous forme de boutade lors des débats

Je le redis, la commission des affaires sociales n’a jamais nié les bienfaits de la pratique sportive, y compris d’ailleurs pour les personnes en bonne santé.À ce propos, je vous invite, mes chers collègues, à emprunter les escaliers, où je ne vous croise guère, plutôt que les ascenseurs ! Cela est particulièrement recommandable quand on est amené à passer de longues heures assis dans l’hémicycle… (Sourires.) Votre santé s’améliorera et la sécurité sociale fera quelques économies ! […]

A la fin de ma rééducation les médecins m’ont clairement fait comprendre que je devais, continuer l’activité physique pour retrouver le plein usage de mes fonctions motrice, je n’ai pas eu plus de prise en charge que ma volonté, et mon envie de reprendre le sport (je me suis re-bléssé à vouloir en faire trop mais c’est une autre histoire)
Est ce à la société de prendre en charge la motivation des patients à aller mieux ?

Exemple j’ai un cancer, on m’a aidé à reprendre le sport, je sais que pour mon bien être et éviter la récidive je dois faire du sport mais je ne le fais pas. Qui blamer ? Qui doit payer ?

L’orientation des débats

Les débats s’oriente donc surtout sur une histoire de cout pour la société, révélant effectivement que le bien être et la prise en compte de son bien être est personnel.
Mais doit on donc forcer une personne à faire du sport pour l’intérêt économique général ?

Le forcer non, l’inciter, l’éduquer, lui donner la possibilité de faire du sport oui. En France seul 11% des filles et 25% des garçons pratique une activité sportive, la sédentarité est un fléau il faut la combattre pour que nous soyons tous en meilleur santé avec une bonne culture de la pratique sportive, pour notre bien être, pour nos économies aussi.

Et si nous prescrivons du sport que va t-il se passer ?
Le patient se rendra dans des centres labellisés. Il s’y rendra en voiture sans doute, pour être à l’intérieur et marcher ou courir sur un tapis ? Pourquoi ne commencerait-il pas par aller chercher son pain en marchant plutôt qu’en voiture car il y a pensé à la dernière minute ?
Où serait sa responsabilisation ?

Un état schizophrène ?

L’état veut éduquer et responsabiliser, mais veut rembourser le sport à des gens en mauvaise santé parcequ’il ne le pratique pas.

elyséesSi je prends mon cas personnel, depuis que je me suis remis à la pratique sportive, que je fais légèrement attention à ce que je mange, je me sens mieux, je suis moins malade, le sport à un cout personnel chaque année d’environ 1000€ (salle de sport / course / accessoire / tenue …), le surplus en nourriture non industrielle et diversifiée est de 10€ par semaine. Ces sommes, personne ne me le prends en charge et comme je ne suis quasiment pas malade, je coute moins à la sécu. Sauf quand je me fais mal, sauf que ce n’est pas contagieux et que je ne transmet donc pas ma pathologie dans le métro, pathologie due à un système immunitaire déficient car je ne pratiquerais pas de sport.

Alors pour moi qui paye pour ma santé et mon bien être je payerais pour ceux qui ne se préoccupe pas d’eux même ? Bien sur comme je l’expose ce n’est pas valable pour tout les cas d’où la difficulté de la question. Il n’est pas envisageable de ne pas aider des patients de maladies lourdes à reprendre le sport ou de supprimer toutes les rééducation. Il est question de faire prendre conscience aux gens du pouvoir qu’ils ont sur eux même par leur action et leur choix.

Mais voila l’état n’est pas tout blanc dans l’histoire, car il veut dépenser en ordonnances mais ne pas perdre d’argent. Il veut que les Français se mettent d’eux même au sport :

Mr Philippe Mouiller le rappel

[…] Aujourd’hui, une évolution culturelle est nécessaire pour changer notre regard sur le sport et la santé. Les pouvoirs publics doivent y contribuer en envoyant un signal. [..]

Moi je suis d’accord pour envoyer un signal fort. Mais quel signal envoie l’état vis à vis du sport depuis des années ?

Prenons le collège, en 6ème c’est 4H de sport et après 3H ! Pourquoi ? Le sport n’est il pas nécessaire ? On parle bien de santé publique ? Pourquoi ne pas lui associer des explications, sur les bien fait, sur ce que ca provoque en nous ect …

Maintenant prenons ce qui pour moi est le cas le plus dérangeant

L’affaire ADIDAS

adidasJe ne parle pas ici de l’affaire Tapis, mais de l’affaire de l’avantage en nature réclamé par l’URSSAF à adidas pour la mise en place de salles de sports gratuites à ses employés.

L’état espère réaliser des économies sur la santé si les gens se mettent à la pratique du sport, mais ne veux pas lâcher d' »avantage » à des sociétés qui favoriseraient la pratique sportive.

Sans vous parler du bien être au travail, encore un avantage supprimé au travailleur, car il faudrait tout simplement travailler pour payer son obole.

Le mot de la fin

Vous l’aurez compris cette histoire de sport sur ordonnance est bien plus complexe qu’elle en à l’air. Entre responsabilité personnel de son bien être et sa santé, vrai besoin d’une reprise d’activité pour des personnes malades et un état cherchant à tout prix à faire des économies sans lâcher le moindre centimes, les débats sur l’application de cette loi dans les années à venir risque d’être nombreux.

Mon avis

Moi j’ai pris position, cette loi je pense n’apportera rien de bon si elle est appliquée. Le nécessaire existant déjà il me semble. Mais elle aura l’avantage de remettre sur le devant de la scène les bienfaits d’une pratique sportive ou tout du moins d’une activité physique régulière, et de pointer du doigt les manque en ce sens de la France.

Si je devais préconiser quelque chose se serait plutot la suppression de la TVA sur tout ce qui a attrait à la pratique sportive. Rendre le sport gratuit pour les gamins jusqu’à l’entrée en faculté, (je ne vous parle même pas de l’effet sur la délinquance), et obliger les entreprises à mettre à disposition des salles de sport et douche dans leurs locaux.
Je suis sur que j’en oublie, mais déjà avec ça on serait bien niveau culture du sport.

 

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