L’ultra-trail et ses rencontres – Diagonale des fous

Nous voila repartis de Cilaos après 2H30 de pause. Il est déjà 15H la nuit va tomber dans moins de 4H et le Taibit est devant nous. L’ambiance en sortant de cette base de vie est complètement folle, les gens nous applaudissent, nous encouragent et nous laissent toujours la priorité. Les routes à la sortie du stade ne sont pas propices à la course. Sans ombre le bitume chauffé à blanc par le soleil, je remercie le t-shirt blanc et la casquette sahel offerte par l’organisation.

Par la suite nous arpentons des sentiers que nous partageons avec les locaux et des touristes de passage. Cela fait du bien de voir cette vie autour de nous et d’autres personnes que les coureurs. Et je dois vous dire qu’on n’est pas insensible aux charmes de certaines jeunes femmes que nous croisons et qui nous encouragent

Avant le Taibit nous devons descendre encore pendant cinq six kilomètres. A nouveau des marches, et des marches sur un terrain souple et gravillonneux. Presque l’impression d’être dans un parc parisien le dénivelé et les marches en plus. La chance pour le moment c’est de progresser à l’ombre parce qu’il fait encore très chaud.

Dans cette descente nous faisons la rencontre d’un traileur avec qui nous échangeons. Il vit à la Réunion mais d’origine de la métropole, il c’est mis au trail il y a peu, a obtenu ces points qualificatifs pour la Diagonale en moins de 6 mois après s’être inscrit. Le paris était risqué mais il l’a fait. Quand je pense que j’ai mis presque un an pour les points et ensuite un an de préparation …

Par la suite il est rejoints par deux jeunes femmes en mode touristes. Des amies à lui. Elles aussi de métropole vivant à la Réunion.

Dans cette zone propice à l’avancée rapide, nous nous retrouvons à discuter. Les filles sont là pour accompagner leur ami dans la montée du Taibit. J’en apprend beaucoup sur la protection des oiseaux de l’ile grâce à l’une d’elle en VIE sur la protection des animaux en voies de disparition. Quand à notre ami, tout comme Charles il travail dans le médical, et sera muté prochainement sur Paris.

Mais où est donc Charles ? Il est pour une fois en retrait à discuter avec la deuxième jeune femme. Quel tombeur.
Nous voila enfin dans le fond de la ravine, il un cour d’eau à traverser avant d’entamer la montée.

Lors de ce début de monté j’ai les jambes qui me démangent et aimeraient avancer le plus vite possible tant qu’il fait jour. J’accélère et prend un peu mes distances sur le groupe. Charles me rattrapera, il est bien meilleur que moi sur les montées.

Quand on est extérieur au monde du trail et de l’utra-trail on pense souvent qu’il s’agit d’un chemin de croix, que l’on vit seul cette épreuve à en apprendre sur nous même, un peu à la manière des pèlerins se rendant sur leur lieu de culte. L’ultra serait-il alors une religion ? En même temps la plus part des images renvoyées dans les médias sont celles des coureurs seuls en tête, ou de celles de ces traileurs à bout de force, touchant leurs limites, seul avec eux mêmes en espérant ne voir qu’une chose, la ligne d’arrivée.

Mais non l’ultra pour les amateurs c’est aussi des rencontres. On est tous pareils sur ces chemins. On a tous du s’entrainer, se qualifier pour en arriver là. On a tous pris le même départ, passé par les mêmes difficultés et à un moment on est au même niveau que celui que nous croisons. A ce moment précis, sur ce point précis du parcours nous sommes à égalité. Les échanges sont souvent les mêmes, qui es tu, comment en es tu arrivé là, t’as vu ce qui c’est passé ? Ah non. Les premiers ils se sont gourés de route. 30 des meilleurs ultra traileurs ont suivi le premier et se sont retrouvés sur la même fausse piste. C’est l’info de cette édition 2019.

Souvent les échanges se poursuivent et là on en apprend bien plus sur la personne avec qui on partage ce moment de route. L’utra est il propice à la confidence ? Et finalement tous ces traileurs, sont ils vraiment pareil ? Et bien malgré tout ce que j’ai pu dire au dessus, la réponse est non. Chacun a son histoire, sa vie, ses moments de doutes. On en apprend beaucoup sur l’humain, et finalement mon histoire que je raconte depuis 2013 dans mon blog n’est peut être pas si exceptionnelle que ça parmi tous ces forças.

Durant cette montée devant nous mener sur le début du sentier du Taibit les bouchons refaisant leur apparition au milieu des singles et des marches, la proximité avec d’autres coureurs c’est faites plus présente. Du coup je me suis mis à parler avec pas mal d’entre eux, des traileurs de tout âges, de tout horizons. C’est fou le nombre de traileurs qui en sont à leur n-ième participation à cette course. La plus part expliquant qu’après une première difficile ils se sentent par la suite « appelé » par cette course et veulent revenir. Je dois dire que jusqu’ici pour moi cette course n’est pas déplaisante.

Après un peu plus de 1H45 de crapahute et de papotage nous arrivons au ravitaillement du début du sentier du Taibit. Sur cette section roulante qui aurait du me permettre d’avancer rapidement j’avais prévu de mettre entre 1h05 et 1H35 pour 8,6km. Et bien j’ai perdu du temps, même si je suis large. Mais les rencontres et les échanges fait cette dernière heure en valaient le coup.

A ce ravitaillement nous retrouvons notre ami traileur et ses deux accompagnatrices qui décident de ne pas poursuivre avec lui plus haut. Elles auront la gentillesse de nous donner de la crème de kiné décontractante que je passerais sur mes mollets. Ca fait vraiment du bien. Puis vient une conversation cocasse. (M : moi , T : ami traileur : E : les jeunes femmes)

M : Sympa d’avoir des accompagnatrices
T : Elles me doivent bien ça, c’est moi qui les aides d’habitude
M : Ah ok. Vous faites aussi du sport
E : Si on veut
M : Quel sport ?
E : Le sexe

M : Monsieur donne de sa personne
T : Ah non je suis juste le fournisseur
Les trois : de capotes
E : perlées les capotes. Perlées. On te conseil pour ta copine

Cette conversation me fait penser au quiproquos qu’a vécu Grégoire Chevignard dans son livre « de mon canapé à la course la plus difficile du monde » quand il se rend à la pharmacie pour acheter des préservatifs en tant que contenant alimentaire ultra léger et qu’il demande si c’est bien non nocif pour la santé. La scène racontée qui suivra est un délice dans le livre.

Sur ces belles paroles, on serait bien resté mais ils 95km nous attendent encore, et pas sur que le sexe soit une priorité en ce moment.

Nous repartons en direction du sommet du Taibit, mais la fatigue et l’envie de dormir me rattrape. Il faudrait que je fasse une sieste avant la nuit. Au milieu de la montée ravitaillement improvisé et non officiel bien connu des Réunionnais avec musique et thé chaud. C’est ça la diagonale des fous à la Réunion. Les Réunionnais sont à fond pour les coureurs. Des tapis de sols sont présents, du coup on décide de s’allonger et de tenter de dormir. Après 15 minutes il faut se rendre à l’évidence. La musique juste à coté m’empêche de dormir et je ne suis pas le seul, nous décidons de repartir.

Après plus d’une heure de montée le jour décline et la nuit se rapproche à grand pas. A la Réunion, très peu de crépuscule, la nuit succède presque instantanément à la nuit et là encore plus rapidement quand nous basculerons dans le cirque de Mafate.

Suite : Une deuxième nuit de course

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.