L’assistance une aide inestimable – Diagonale des fous

Alors que le gèle dépose une couche blanche sur les plaines devant nous et que le soleil illumine le sommet du piton des neiges dont ses contreforts sont encore plongés dans la pénombre, mon téléphone se met à nouveau à vibrer pendant cette pause photos.

Depuis le début et même avant la course j’ai reçu un nombre incalculable de messages d’encouragements.
Tous ces messages, tous ces mots, qu’ils soient de la famille, ou des amis ont été des motivations

supplémentaires pour me dire qu’il était impossible de ne pas aller au bout. Et quand en pleine nuit vous recevez des messages de la métropole vous vous dites que pour ces personnes vous ferez tout pour aller au bout.

Mais là l’appel n’est pas de la métropole, il est de bien plus près. C’est un appel de ma soeur, qui avec Romain sont mes premiers assistants sur cette course. Ils doivent m’attendre à Marre à Boue à minimum 1H45 de course du parking de l’air de nez de boeuf, et ça dans le meilleur des cas. Et pour l’instant après les bouchons j’ai encore perdu 45 minutes sur le temps le plus optimiste.

Après deux tentatives je décroche enfin. Ma soeur m’explique qu’ils viennent de me voir passer au ravitaillement précédent. Ils étaient en avance au vu de ma progression de début de course. Progression fortement ralentie par la suite par les bouchons et mon envie de dormir, mais ils ne pouvaient pas le prévoir. Ils se sont dit qu’ils pouvaient me voir sur ce passage avant de se rendre au ravitaillement de marre à boue, qui lui est à 20 – 30 minutes en voiture plus 15 de marche, bien loin de mes 1H45 minimum. Mais comme il faisait trop froid ils sont restés dans la voiture. Tu m’étonnes il fait -3°, franchement je ne m’attendais pas à de tel température. Finalement la SaintéLyon c’est une bonne préparation à la Diag, qui l’eut cru. De mon côté trop tard pour faire demi-tour et leur dire de faire le ravitaillement maintenant, cela n’aurait pas changé grand-chose pensais-je, mais en fait si, je le verrais plus loin.

En attendant je continue ma progression au milieu de petits arbustes que l’on voit à perte de vue. La pente est légère et pourtant je n’arrive pas à avancer. Mon corps se bat contre le froid, je tremble j’ai les mains gelées et le corps frigorifié malgré le jour qui se lève, mes 3 couches et mes gants. Et pourtant j’avais été prévenu. Le moment le plus froid à la réunion c’est entre 4H30 et 6H à cette époque. Bingo il est 5H45, et en plus on est au sommet de la course, enfin pas tout à fait. Devant nous cette montée au milieu des arbustes n’en finit plus. Un premier palier arrive, il sert de piste d’atterrissage pour un hélicoptère qui vient de se poser pour un malheureux concurrent. Mais à droite quand on tourne la tête encore ces arbustes à perte de vue qui monte légèrement. Dans l’absolue je ne mettrais que 15 minutes pour passer, mais il n’y avait que 1,5km presque plat.

A la fin de cette portion changement de décor. On se croirait dans le cantal ou le Jura. On est passé de la brousse aux pâturages avec des vaches. Incroyable ce changement de décors en à peine quelques kilomètres. Quelle autre surprise me réserve cette ile ?

Entre les deux ravitaillements seulement 10km dont 9km en descente. Descente que je devrais avaler en 1H – 1H30. Mais voilà, les paysages sont certes magnifiques, mais on est sur chemins bétonnés, et ca ne fait pas que descendre. C’est une succession de vague sur cette route. Certes on descend plus qu’on ne monte, mais chaque remontée fait mal aux cuisses encore engourdies par la nuit. Pour l’instant j’essaie de garder Charles en ligne de mire alors que ce dernier a pris un peu d’avance au milieu des petites arbustes.

En plus du béton qui ne me fait pas du bien, cette route est entre coupée de longues lignes droites de près d’un kilomètre à chaque fois au milieu des champs et des vaches. C’est le premier petit coup au moral quand je m’aperçois que je n’avance pas. 1H30 après être passé au ravitaillement précédent ; soit le temps max que j’avais indiqué à ma soeur ; je ne suis toujours pas arrivé au ravitaillement. D’un coup je crois y arriver quand je vois une route bordée de voitures et de nombreuses personnes faisant assistance. C’est le moment que ma soeur choisie pour m’appeler pour savoir où j’en suis ayant dépassé le temps max indiqué. Et là une personne m’entendant dire que j’arrivais, m’explique que le ravitaillement est 2 km plus loin ! C’en est trop pour moi, pas envie de courir, je vais faire que marcher malgré le fait que Charles me pousse à avancer. Bon j’ai bien trottiné mais on mettra 22minutes pour tomber sur Romain nous faisant de grands signes sur le chemin. C’est à ce moment que je découvre que l’assistance est autorisée 300m avant et 300m après les ravitaillements. Mais alors pourquoi toutes ces personnes le font avant ? Je le saurais par la suite, à la diagonale, pas vraiment de sanction pour le coureur lambda, à peu près tout est autorisé, pas de prise de tête. Mais ne sachant pas, ma soeur et son copain ont préféré marcher jusqu’à la zone prédéfinie.

L’assistance … ENFIN … En Ultra-Trail, on en parle beaucoup, on lit beaucoup dessus et sur la diagonale encore plus. On dit que pour un premier ultra une bonne assistance c’est 50% de la réussite. Une assistance ca se planifie, à un moment important du parcours, que ce soit par la difficulté ou par le besoin de ravitaillement. J’en ai prévu 5 ou 6 tout du long et ça grâce à l’engagement de ma famille.

Lors de mon stage à Val Thorens j’ai fait la connaissance de Julien et de sa femme Marie qui le suit sur tous ses ultras. Elle même sportive elle préfère maintenant accompagner son homme et lui faire son assistance. Je les admire beaucoup ils ont trouvé un équilibre parfait aussi bien dans leur couple que lors de ces courses hors du commun où Julien excelle. Elle connait tout de lui, elle sait ce dont il a besoin et quand. Un vrai stand de Formule 1 comme elle le dit elle-même. Et les réussites de Julien sont celles aussi de femme qui officie dans l’ombre mais avec un rôle au combien important. Autre exemple rencontré aussi lors de ce Stage, l’autre Julien. Je veux parler de Julien Chorier, professionnel de l’ultra et vainqueur de la Diagonale des fous avant que Kilian Jornet débarque. Lui aussi sa femme le suit partout et participe à son assistance. Comme quoi une femme se cache souvent derrière un grand sportif. Ou alors faut peut-être s’appeler Julien et là pour le coup c’est trop tard pour moi. J’en toucherais deux mots pour l’occasion à mes parents.

En attendant cette première assistance était prévue entre 6H et 9H après la nuit à un moment important pour moi à savoir le petit déjeuner. Lors de cette assistance j’ai aussi prévu de me changer en prévision de la chaleur de la journée. Quand j’arrive il est 7H30 et j’ai déjà pris mon petit dej, j’ai une baisse de moral et voir la tête de ma soeur et Romain me réjouit. On s’assoit sur un petit muret, et on fait les choses prévues. Changement de t-shirt, échange de batterie de frontale et de téléphone. Après la partie organisationnelle on passe à la partie bien être. Un verre de menthe à l’eau. AHHH si vous saviez ce que ça fait du bien cette boisson rafraichissante que je n’ai pas trouvé jusqu’ici sur les ravitaillements. Déjà ce n’est pas de l’eau pure, déjà plus de 9H que j’en ingurgite, et en plus ce petit gout de sucre humm un délice à ce moment. C’est dingue comme on peut apprécier les choses simples sur ce genre de course. Et pour la première fois une vrai discussion avec quelqu’un qui ne court pas. Alors bien sûr, ça tourne un peu autour de la course, mais pas de la course elle-même. On parle de mes parents, de comment ma soeur et Romain sont venus en voiture et pourquoi ils étaient aux ravitaillements précédent.

Le temps passe vite et le moral est reboosté en même temps que la température augmente. Charles décide d’aller au ravitaillement 200m plus loin. Je le rejoins 5minutes plus tard après avoir dis au revoir à ma soeur et à demain, puisque je dois la revoir en haut du Maido. Mais quand ? Ah ca, il y aura Mafate à traverser et bien avant Cilaos et ma deuxième assistance à la base de Vie de Cilaos. Là 2H d’arrêt sont prévus.

Au ravitaillement au soleil, assis dans l’herbe avec Charles le moral reboosté par cette assistance. Nous prendrons un peu de pates puis on fera le tour de nos réseaux sociaux pour constater le monde qui nous suit et nous prendre en photo pour l’envoyer.

Il est maintenant temps de nous diriger vers la première base de vie Cilaos au 65ème kilomètre de course.

Suite : Un parcours technique

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