La première base de vie Cilaos – Diagonale des fous

Il est 12H30 quand je pénètre dans la base de vie de Cilaos, la première de ce Grand Raid, je ne sais pas à quoi m’attendre en termes d’équipements. Déjà 14H30 que je cours.

C’est fou comme certains moments d’une course peuvent être particuliers. D’un coup je suis détendu, le moral à bloc, j’ai le temps, j’ai prévu 2H de pause sur cette base de vie pour me reposer et recharger les batteries.

La base de vie dans l’ultra-trail moderne est essentielle au bon déroulé d’une course et participe grandement à la popularisation de l’épreuve. C’est le lieu où l’on peut retrouver des affaires, nourriture et autres matériels laissés à l’organisation pour alléger le sac au départ et se recharger à partir de là. C’est aussi un lieu de pause pour la régénération, où l’on pourra manger, se poser voir plus suivant les organisateurs.

Ma seule expérience de base de vie se limite à celle de l’UTPMA au 55ème kilomètre de course. Et là on était plus proche du gros ravitaillement que de la vraie base de vie. Une tente ridicule pour récupérer les sacs et se changer au vu du nombre de participants et du temps orageux et pluvieux. Au final un ravitaillement pas plus grand que les autres de la course, et avec l’orage l’obligation de se réfugier dans le bâtiment du téléphérique proche pour se changer. Le point positif était les toilettes adossées à la gare du téléphérique. Je m’y étais ressourcé avant de repartir alors que je pensais à l’abandon 1H30 auparavant en arrivant.

A Cilaos mes parents m’attendent pour la première fois sur cette course, ils ont mon sac d’assistance avec de quoi me changer et me requinquer. Nouveau sandwich, barres énergétiques, eau, sirop de menthe, électro stimulateur, nouvelle paire de chaussure, boisson énergétique (pastille de TA), nouvelle batterie pour le téléphone.

L’entrée dans la base de vie se fait par une première zone par laquelle on a la possibilité de se faire masser … enfin si on a les jambes propres ce qui n’est pas mon cas. Passage obligé par les douches, mais pour cela il faut pénétrer dans le stade d’athlétisme accolé, par l’un des  virages pour aller vers les tribunes de la ligne droite. A ce moment de la journée il fait un soleil de plomb et pas d’ombre sur le stade, les quelques coureurs pouvant y accéder sont collés aux haies longeant le stade, le soleil au zénith ne fournissant que peu d’ombre recherchée.

Avant les douches il faut que je trouve mes parents qui eux sont dans les tribunes seulement accessibles par l’extérieur du stade. Mon père me fera passer mon sac par le coté de la tribune. Direction la douche pour me frotter les jambes sous une eau glacée. Ca ne peut faire que du bien. Après une petite queue et 20 minutes pour se déshabiller et s’habiller pour prendre la douche, je ressors, redonne mon sac d’assistance à mes parents pour retourner à l’entrée me faire masser les mollets. Exit donc l’utilisation du blueteens (électro stimulateur) pour prévenir les courbatures, j’ai la tête ailleurs. J’ai bien vu les tentes pour récupérer les sacs (dans mon cas pas besoin), pour se faire soigner, mais pas vu de ravitaillement ni Charles.

Après le massage retour aux tribunes je récupère mon sac et m’occupe du rechargement de mon sac. Affaires propre et sec pour la nuit suivante, récupération batterie préparation d’une flasque contenant de l’eau et ma fameuse pastille de TA conseillé par les coachs lors de mon stage à Val Thorens, retrait de ma poche à eau et du tuyau de mon sac pour être plus léger tout en gardant 3 flasques de 500ml chacune.

Dans les 2H que je me suis octroyé, j’ai prévus 30 minutes pour faire la sieste, mais je n’avais pas prévu un soleil de plomb et aucune zone d’ombre à l’horizon dans cette air normalement réservée aux seuls coureurs. Sur le stade des tentes produisent une légère zone d’ombre sur laquelle aucune personne ne se trouve. Je m’y rends pour m’allonger et tenter de dormir. A l’ombre la température n’est pas la même nous sommes tout de même à près de 1200 mètres d’altitude, et le petit vent que je ne ressentais pas au soleil me parait maintenant bien froid. Je me sers de mon sac de trail comme d’oreiller, de ma veste de pluie comme d’une couverture, de ma casquette comme d’un cache œil et tente de faire une sieste. Mais voilà qu’une famille débarque à côté de moi ! Qui sont ces enfants? Que font-ils dans une zone réservée aux coureurs? Je comprends vite par la discussion qui s’installe à côté de moi entre un homme et une femme, que l’un des deux fait partie de l’organisation, que lui court et qu’un passe-droit a permis à madame et aux enfant de venir sur le stade … me déranger pendant que j’essaie de dormir et que mes parents sont bloqués dans les tribunes. Je retire ma casquette de mes yeux pour tenter un regard qui en aurait dit long, mais me retrouve nez à nez avec le postérieur de monsieur qui me lâchera une belle caisse odorante dont seul certains ont le secret. C’en est trop après 15 minutes je me redresse en les fusillant du regard et de remballer le matériel.

 

Le temps que je range mon sac c’est Charles qui m’appel. Il est au ravitaillement, que je n’ai toujours pas vu d’ailleurs. Il faut sortir du stade par le coté des tribunes et traverser la rue. Je laisse à nouveau mon sac à mes parents au passage et part manger un peu de poulet et de riz accompagné de mon sirop de menthe et de mon eau avec la pastille de TA.

Après ca retour au stade, enfin dans les tribunes cette fois à l’ombre pour se changer, se faire passer de la crème solaire et s’occuper de tous les petits bobos. Mon gros orteil droit est sujet à des ampoules car je griffe dans les chaussures ; mon passé de marcheur. Là je sens que la peau commence à se ramollir et si je ne fais rien l’ampoule pourrait arriver. Après Cilaos, pas de base de vie avant le lendemain, pas d’assistance dans Mafate non plus. Il ne faut donc rien laisser de côté, peu de chance de pouvoir vraiment s’arrêter ensuite. Alors pour protéger cette partie inférieur de l’orteil je n’ai encore rien trouvé de mieux et rapide qu’un demi-compeed, mais mes chaussettes s’en souviennent toutes. Ca peut finir par coûter cher au prix des bonnes chaussettes. En passant derrière les tribunes j’ai vu un stand de crêpe, mon péché mignon hérité de mes ancêtres bretons transmis par ma mère qui les fait très bien d’ailleurs. Je suis capable de m’en enfiler plus d’une vingtaine, beurre sucre s’il vous plait, comme si je n’avais rien mangé ! Mon père part m’en chercher un délice !

Pendant qu’on se change je m’aperçois d’un point que je n’avais pas anticipé en regardant Charles, la chaleur et le soleil qui tape. Je n’ai aucun T-shirt de couleur clair, contrairement à lui avec son T-shirt blanc. Heureusement pour moi, celui fournis par l’organisation est blanc, et malgré qu’il ait déjà subit pas mal de kilomètres pendant cette course, je me résous à le mettre pour au moins cet après-midi ensoleillé et chaud. De -3 ce matin à plus de 30° dans les chemins les plus bas l’amplitude de température est extrême.

Mais voilà que Charles arrivé un peu plus de 10 minutes avant moi me met la pression pour qu’on décolle, cela fait maintenant un peu plus de 2H que je suis sur cette base de vie, et je n’ai rien fait ou presque du programme prévu, et surtout pas la sieste d’après manger ! Charles lui a apparemment réussis un petit peu. De mon côté je commence à m’inquiéter de ce manque de sommeil qui ressurgit à intervalle régulier de façon violente me faisant dormir en courant. Il faut dire les différents lieux de la base de vie ne sont pas vraiment placé de façon cohérente et j’ai perdu beaucoup de temps d’aller d’un point à un autre sans voir le temps passer.

Il est temps de remettre les chaussures, de prendre les dernières photos avec la famille et il faut se remettre en marche. Et comme je le rappel à Charles en partant, c’est maintenant que la course commence. On vient d’avaler quelques 65km et 3500 mètres de dénivelé, il nous reste encore une centaine de kilomètres et au moins la nuit de vendredi à samedi. Devrons-nous passer une nuit supplémentaire entre samedi et dimanche sur les chemins de la Réunion ? La suite nous le dira.

C’est maintenant que commence notre Diagonale des fous.

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