La douleur du samedi – Diagonale des fous

Il est temps de repartir du Maido en direction d’ilet Savannah la deuxième base de vie de la course. Sur le papier 20 km séparent ces ravitaillements dont 18 km de descente. Youpi une portion que j’aime bien.

Enfin si la crème mise sur mes pieds fait effet et si je n’ai pas trop de soucis avec ces derniers.

Je commence ma progression en courant sur les crêtes au milieu de la forêt, un long chemin quasi en single qui monte et qui descend. Ce n’est pas une descente franche, on a presque l’impression globalement d’être sur du plat. La descente plus l’avancée dans la journée et un soleil sans nuage font rapidement montée la température et après près de 30 minutes à courir je commence à m’endormir debout encore une fois. L’effet de la digestion conjugué à la chaleur. Il m’arrive fréquemment de faire des siestes le midi au travail après le repas. Et je ne suis pas le seul sur les chemins à vouloir dormir. Plusieurs personnes sont allongées dans l’herbe sur les bords du chemin. Mais voilà à l’ombre sans bouger à plus de 1500 mètres d’altitude il fait encore froid. Je vais trouver un coin un peu ensoleillé à travers les branches pour m’y poser.

Il semble que je me sois assoupi, mais je suis vite réveillé par le froid, le soleil a tourné, je suis à l’ombre dans une herbe humide, mais cet arrêt semble avoir fait du bien. Je me relève je suis un peu vaseux mais rien de problématique en soi. Quand je veux reprendre à courir j’ai mal au ventre. Je sais très rapidement que ce n’est pas bon pour moi et pense a ces pates mangées avec une cuillère salle (pas la mienne) et un pot identique. L’envie d’aller au toilette est foudroyante il faut que je trouve un coin. Pas facile sur ce chemin étroit bordé sur la droite quelques mètres plus loin par la crête et le vide e sur la gauche par une forêt dense. Reste que je suis pudique et que je n’aimerais pas être vu.

Après de longues minutes interminables à avancer, et oui sur place je ne trouverais pas, au détour d’un petit virage je trouve assez de place pour me faufiler dans les arbres.

En voulant faire mes besoins je me retrouve en appuie sur l’avant de mes pieds ce qui rédeclenche la douleur de façon horrible et me coupe au milieu de mon affaire. J’essaie d’insister me disant que le mal de pied est préférable au mal de ventre. Mais rien n’y fera, je me résous à repartir avec un ventre gonflé qui me fait mal, et maintenant une affreuse douleur aux deux pieds.

Lors de mes derniers tests du sac salomon ADV skin 12 SET je m’étais aperçu que la lanière du bas me rentrait dans le ventre quand le sac est bien chargé. La nouvelle version du sac est en fait je trouve bien moins bien que la précédente et la sorte d’élastique plat a laissé la place à une sorte de cordelette élastique qui cisaille dans mon cas l’estomac lorsque le sac est bien chargé.

Avec le mal le ventre gonflé et le mal de ventre qui va avec cette corde n’arrange rien du tout. Il m’est impossible de courir, je commence par la même à avoir des remontés et des nausées, j’en oublie le problème des pieds. Il va falloir que je traite en premier le problème le plus grave celui du ventre. J’essaie un peu tout, les mouvements de ventre pour aider la digestion, je décroche la lanière du bas du sac, je bois un peu, j’essaie de respirer moins profondément. Rien y fait, je suis totalement barbouillé à me forcer à roter.

Et manger ? Manger alors qu’on a mal au ventre peut paraitre totalement contreproductif, et pourtant lors de l’UTPMA la soupe m’avait aidé à me libérer de mon mal de ventre et des nausées. Mais la pas de soupe avant une bonne dizaine de kilomètre et à mon allure de malade j’y serais dans 4 – 5h ! Il faut que je trouve un autre élément qui calmera tout ca. Je repense aux indices de digestion des aliments. L’eau, le plus rapide, j’ai essayé ca ne passe pas. Et si je tentais le plus lent et le plus difficile à digérer. Peut-être que ca stabilisera le tout ?

Ce que j’ai de plus lent à digérer sur moins sont des fruits à coque, noix de cajou et pistache en tête, mais aussi des M&Ms contenant du sucre (rapide) et cacahuète. Je vais tester ce dernier, entre l’effet plaisir et le reste peut être que … et 15 minutes après en avoir mangé 4-5 miracle. Le mal de ventre passe et après un énorme dégazage dans les règles, moins ballonné je me remets à trottiner.

Forcément maintenant que je trottine en descente le mal de pied revient. Et pour ne rien arranger ca fait un moment que je suis en plein soleil et je commence à ressentir les effets de la chaleur qui augmente. Il est presque midi et le thermomètre est déjà à bien 30°.

Quand je vois ce chemin descendant bien large devant avec des cassures, j’en suis presque dépité de ne pas pouvoir courir. Ca c’est mon terrain, c’est là où j’avoine, c’est là où en avançant à près de 14km/h je récupère et me repose et là ca fait 1H30 que je me traine.

Lorsqu’un énième coureur me double, je me dis qu’il faut que je fasse quelque chose. Alors comme on me l’a appris, je vais faire le point. Le souci, j’ai mal au pied, si je me traine à cette allure j’en ai pour à minima 3H. Il reste 10km, au vu de la route si je me donne pendant 1H je ne devrais plus être très loin de la base de vie. Qu’est-ce que je peux faire contre ce mal de pied. Modifier, ma foulée, un peu mais en descente, attaquer talon ce n’est pas terrible. Prendre sur moi est une possibilité. Alors comme lors de la nuit dans Mafate je décide de faire un peu de méditation en me reconcentrant sur d’ancienne bonne sensation.

Je repars en courant, le début est difficile les pieds font mal, chaque choc et petit saut sur les marches sont comme des coups de poignard. Mais très vite la sensation de vitesse me grise, je me mets à jouer avec le terrain et à doubler plusieurs coureur. La douleur au pied semble avoir disparu au profit d’une joie immense d’avancer sans se fatiguer. La descente devient un jeu quand je rattrape fond de bal un coureur m’ayant doublé auparavant. Au profit d’un virage un peu raide nous ramenant sur une portion un peu bitumé, je ralenti, et il me redepasse. Le bitume me faisant revenir à la réalité de mes douleurs au pied. A la fin de cette portion je repars de plus belle sur le sol en terre et le redepasse, on en rigole et discutons de la situation.

Après une heure et le passage d’un énième point de contrôle j’arrive en ville, je me dis que c’est la délivrance et que le ravitaillement ne sera pas très loin, ce que me confirme un habitant. Enfin un kiné en vu pour mes pieds. Mais vous connaissez le monde du trail et la relative sensation de distance des gens qui bordent les routes … A ce moment je reçois un message de mes parents et de Charles qui est au ravitaillement depuis presque 1H déjà. Je fais le point avec lui pour lui demander si je suis loin. Et bien les 500mètres se transforment en plus de 3km, et clairement le bitume m’empêche de courir, et j’ai pris un coup au moral. Je vais mettre une heure pour arriver au ravitaillement.

Et les derniers mètres sont une épreuve au milieu d’une végétation de brousse, avec un sol jonché de petits cailloux. J’ai de plus en plus de mal à poser les pieds au sol. Une dernière descente, mes parents sont juste en bas, mon visage est bien marqué et ils le voient, je le sais. Mais à aucun moment je ne pense à l’abandon, la base de vie, le kiné sont devant moi je vais me reposer et repartir pour les un peu moins de 30km restant.

Suite : Deuxième base de vie Ilet Savannah

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