En route vers le volcan – Diagonale des fous

Il fait maintenant nuit noir, nous sommes loin de toute source lumineuse au milieu de la forêt qui à pris la place des plantations de bananiers. Ma frontale est réglée au minimum en auto éclairage, nous sommes encore nombreux sur le chemin cote à cote ce qui l’éclair bien. Même dans la forêt des groupes de supporters sont là autour d’un feux à nous encourager.

Après « domaine de Vidot » 9km de monté nous attendent à près de 12% de moyenne ; la portion la plus pentue de cette montée vers le volcan. Cette section du Volcan je l’ai mentalisé, je me suis entrainé pour, elle ne me fait pas peur. En Juillet de l’an dernier j’ai participé avec Charles à la 6000D, 65km pour 3325 mètres de dénivelé. A la 6000D on passe de 700 mètres d’altitude à 3100 mètres au niveau du glacier, tout ça en 33km sans presque jamais redescendre. En comparaison ce début de Course sur le Volcan du Piton de la Fournaise c’est 36,5km de montée, pour 2050 mètres de dénivelé. Peu ou prou la même chose, sauf qu’on est nettement plus bas en altitude, ça se fera de nuit et pas en plein soleil et que cette fois ci je ne risque par l’orage de grêle, neige et les -10° au sommet, enfin …

Jusqu’ici on tenait un rythme d’enfer et on avait 15minutes d’avance sur l’allure la plus optimiste. Mais voilà ce que je craignais arriva, ça commence à bouchonner. Entre les singles, les passages avec de l’eau où personne ne veux se mouiller (ça je n’ai jamais compris ! On est sur un trail et tu as peur de te mouiller les pieds …), les petites grimpettes en mode t’es obligé de t’aider de tes mains et les passages par dessus les barbelés sur ces sortes de grosses échelles en bois, si t’as déjà fait un trail tu sais de quoi je parle.

Dès que ca bouchonne tu vois les différents typer de trailers.

Le pressé que ca énerve. En général pas beaucoup d’expérience, je suis passé par là ca m’énervait de ne pas avancer à mon rythme je voulais absolument dépasser, je perdais un influx pas possible à tenter de doubler partout. J’y laissais une énergie folle pour une gain qui n’en valait pas la peine.

Le tranquille, que rien ne peut atteindre, bon ca bouche et alors, j’attends derrière à la queue leuleu et on verra plus tard pour doubler.

Et enfin les trailers comme moi, c’est à dire que y a du monde tu restes zen, mais tu penses quand même à avancer. Enfin ca dépend des moments, ca m’arrive de rester derrière. Du coup je ne me focalise plus sur le problème du bouchon, je ne stresse plus si je n’avance pas, mais je regarde loin devant quand je marche pour voir quand je pourrais courir pour doubler. Et ce qui est plutôt d’habitude un handicap dans ma vie, ce transforme en une force. Je parle bien sur de ma taille ! Etant petit ; 1m69 ; je peux me faufiler à peu près partout, sous les arbres ect … Ca me facilite grandement la tache. Je vais passer près de 9km à jouer à ce petit jeu et semer un peu Charles qui n’a pas l’avantage de la taille. Mais bon je ne m’en fais pas trop pour lui, il est bien meilleur que moi en monté et dès que les passages s’élargissent bien il me rattrape vite.

Après 2H45 de yoyo on arrive au ravitaillement de Notre Dame de la paix. On a perdu près de 45 minutes dans les bouchons, mais ce n’est pas le plus grave pour moi. A ce moment là de la course ca va faire 22H que je n’ai pas dormis et je commence à avoir sommeil. L’excitation du début de course a laissé place au rythme cadencé et ce n’est pas la nuit et le froid qui arrange mon envie de dormir. Charles me maintient en éveil et après un verre d’eau rapide nous repartons vers le prochain ravitaillement au parking de l’air de nez de boeuf 14km plus loin, que nous aimerions atteindre rapidement pour profiter du lever de soleil.

Je pars devant pour essayer de remettre du rythme, mais très rapidement je m’aperçois que je n’y arrive pas. Je me force et arrive à cadencer le pas comme voulu. Puis soudain le sol sous mes pieds se mets à descendre différemment des pas précédent. Ce n’est pas normal me dis-je et je manque de tomber ce qui me réveil. Et oui je me suis endormi en courant et je suis sorti de la trace. Je commence à ne plus être lucide après à peine 8H de course et j’en fais part à Charles, et ça ne va pas s’arranger. C’est à partir de là que Charles passe devant pour que je le suive.

Avant la course j’avais fais un fichier Excel du découpage du parcours en fonction des portions montantes, descendante, plats ect … j’ai pu calculer des temps de passage, meilleur des cas et pire des cas, soit 110 sections, comprenant les ravitaillement et points avec barrières horaires. Alors c’était clairement approximatif, et la section que nous traversons ne correspond absolument pas à ce que j’ai pu relever. Le terrain ne fait que monter et descendre par vague de 50 à 100mètres de distance. On est loin du plat ou des petites montés, descentes que j’avais pu relever. Le rythme est donc plus lent et n’aide pas à me reposer. Sur mon téléphone j’ai une image des temps de passage que ma sœur m’a envoyé avec les mises à jour automatique en fonction du vrai temps de passage aux différents ravitaillements. Et je ne sais pas pourquoi en le regardant et en calculant moi même je crois ne plus être dans les temps pour la prochaine barrière horaire et je dis à Charles de partir pour pas qu’ils soient pris par la barrière. Ce qu’il refuse dans un premier temps.

Nous arrivons sur une portion de route bien large et bétonné. Le genre de section où Charles cartonne et que je n’apprécie pas du tout. Le trail pour moi c’est la nature, et puis mon genou il n’aime pas du tout le béton surtout sur ce genre de course très longue. Néanmoins pas de concentration à avoir juste avancer, pas de risque de trébucher. Avec ma légère envie de dormir ca m’arrange. J’en profite pour prendre mon petit déjeuner. Etant sujet à des fringales quand je mange peu je suis obligé de faire de vrais repas pour l’éviter. J’ai bien pris un peu de fruits séchés durant la monté mais là je vais prendre la total. Attention amis nutritionnistes et trailers accrochez vous à ce que je mange :

  • Fruits séchés 15g
  • Gâteaux secs 60g
  • Brioche 80g

Un peu d’eau avant et après pour faire passer le tout. Il me faut 20 minutes pour l’ingurgiter en moyenne et 30 minutes de marche avant de pouvoir recourir.

Manger et la marche qui suit me font du bien et au profit de 2km de légère descente je me remets à courir et plutôt vite. L’envie de dormir est passée et j’attaque la nouvelle montée devant me mener au ravitaillement. On repasse sur des singles au milieu des arbres, la nuit est moins intense, l’humidité remonte et le froid s’intensifie, à un tel point que j’ai froid au main même avec mes gants. Je suis à près de 2000 mètres d’altitude ca fait 20 minutes que je monte et j’entre aperçois le ravitaillement. Charles m’y attend et était sur le point de repartir au moment où j’arrive. Cela fait 10 minutes qu’il est là, je lui explique que j’ai froid et je ne veux pas trop m’arrêter. Il me conseil de prendre une soupe. Sans plus attendre hop une soupe. Elle me réchauffe et me redonne en plus du lever du jour qui pointe son nez une bonne énergie. L’envie de dormir est loin, elle laisse place à une certaine euphorie et extase devant les paysages grandiose du centre de l’ile de la Réunion qui ce dévoile à Nous.

Je suis sur cette course pour me tester, et aller au bout de moi même. Mais je suis aussi là pour ces paysages magnifiques. Malgré -3° et le givre qui prend place un peu partout je ne peux m’empêcher de m’arrêter pour prendre des photos. Le levé du soleil sur le piton des neiges est magnifique, envoutant. Il est seul à l’horizon, il parait si proche et pourtant il est si loin, à la perpendiculaire de Cilaos et bien plus loin que Marre à boue où ma soeur m’attend.

Suite : L’assistance une aide inestimable

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.