En route pour une folie – Diagonale des fous

L’ouverture de la zone des coureurs est prévue à 18H au niveau de Ravine Blanche à Saint Pierre. Environ 3km de la maison que nous louons.

Le matin, m’étant levé très tôt, avec la famille nous sommes allés repérer les lieux en voiture. Le constat fut sans appel, avec les routes fermées cela allait être compliqué de venir en voiture.

Sur la zone de départ nous avons repéré une pharmacie un peu à l’écart et j’avais donc donné RDV à Charles à 18H devant cette dernière. Objectif 18H30 – 19H entrée dans la zone des coureurs dans laquelle à partir de là plus aucun contact n’était possible avec nos familles hormis par téléphone. Le dernier repas était donc un casse-tête, quoi manger ? Des pâtes bien sûr, mais comment ? Et bien coup de chance sur le trajet menant au départ il y a un mezzo di Pasta, repéré lors du retour à la maison le midi. Ni une ni deux j’en parle à Charles on se met d’accord, je passerais prendre les pâtes qu’on mettra dans de l’aluminium pour les garder un maximum au chaud. On décale l’heure de RDV à 18H30.

17H45 c’est l’heure du départ, 2,7km sépare la maison de la pharmacie où je dois retrouver Charles, les pâtes elles sont sur le chemin à 500 mètres de la maison. Nous faisons le choix d’y aller à pied, ce n’est pas que l’idée de faire 3km en plus des 166 prévus m’enchante, mais je pense que ce sera moins galère et moins fatiguant pour y aller et en plus récupérer les pâtes.
Ma sœur qui a la folle idée de vouloir un jour faire le marathon des sables, se propose de porter mon sac de trail chargé pour voir déjà niveau poids ce que ça donne, il fait tout de même presque 6kg. Comme à mon habitude je suis en retard de 5-10min et au moment de commander les pâtes un groupe me passe devant. Hop 15 minutes dans la vue. Mais bon pas de stress on est quand même large, même si nous mettrons 10 minutes de plus sur le trajet tellement il y a de monde.
Il est à peine 18H, on est à 2,5km du départ et il y a déjà de l’ambiance en plus de tous les raideurs qui marchent dans la même direction.

18H55 avec 25 minutes de retard je retrouve Charles avec sa famille, il a déjà fait le tour et me dit que pour rentrer c’est tranquille on a le temps. On en profite pour faire des photos tous ensemble, discuter, s’habiller chaudement car il fait déjà nuit et le départ n’est que dans 3H. Juste à côté de nous une équipe de Canal+ fait des interviews on est resté pas mal derrière, à mon avis on doit être sur une vidéo quelque part. On profite aussi du concert qui se déroule pas loin.

19H45 c’est l’heure des pâtes et du dernier repas. Le stress commence à monter, j’ai peur de prendre ce repas un peu trop tôt pour une telle course. En général je prends 2 à 3H avant, mais sur cette course pour les premiers kilomètres on ne va pas non plus trop courir et c’est très long ensuite. J’ai quand même peu de risque de mal digérer.
Toutes ces questions qui commencent à monter dans ma tête sont le signe d’une nervosité grandissante. Après avoir mangé, j’ai le droit au tour des coups de téléphone à la famille, ça fait super plaisir tout en mettant une certaine pression. Toute ma famille et mes amis qui m’entendent parler de cette course depuis des mois, qui me suivront en live grâce à la balise, qui m’envoient des messages en nombre, je ne peux pas les décevoir.

Encore quelques minutes après le repas et il est temps de s’habiller, de prendre le sac, de donner les dernières informations avant le départ et de se diriger vers l’entrée de la zone coureur. Il est 20H20. Mais voilà tout ne se passe pas comme prévu. Charles préfère que ces sacs soient gérés par la course et non par ses parents. Moi de mon côté c’est ma famille qui gère tout, je leur fais totalement confiance, alors que Charles à peur d’une panne de voiture sur Cilaos. Au moment de vouloir déposer ses sacs, là où une heure auparavant il n’y avait pas de queue, c’est maintenant un bordel pas possible. Les coureurs sont entassés bloqués par des vigiles alors qu’ils sont très peu devant les camions à déposer les sacs. De mon côté je fais plusieurs aller retours pour voir comment cela se passe. Je dis à Charles que je peux rentrer par l’entrée réservée aux coureurs sans dépose de sac.

20H30, c’est le moment pour moi de dire au revoir, d’embrasser la famille et de rentrer dans la zone d’attente des coureurs. Vérification du sac faites par les bénévoles j’en profite ensuite pour aller aux toilettes une première fois, puis de m’allonger pour, si ce n’est dormir tenter de me détendre, avant de retourner une nouvelle fois aux toilettes et de retrouver Charles qui a finis par passer.

Il est 21H30 on prend quelques photos pour les amis, les réseaux, sociaux, le speaker fait ses annonces, motive les raideurs comme on les nomme ici, il nous demande d’allumer nos frontales pour les dernières vérifications. A partir de cet instant 2 ans de préparation sont derrière moi et comme j’aimais à le dire depuis plusieurs semaines en réponse à la question :

Alors t’es prêt ?

Moins qu’hier mais plus que demain. 

Finalement je pense que je serais prêt qu’une fois la course terminée, car à ce moment je saurais. Je saurais si j’ai pu aller au bout, ou si je me suis surestimé. Est-ce que je serais à la hauteur de mes rêves? Est ce que je pourrais me dépasser, sortir de ma zone de confort quand ça deviendra difficile, que ça fera presque 2 jours que je serais sur les chemins, que la deuxième nuit commencera. Toutes ces questions sur mes limites qui n’ont pas trouvées de réponse lors de ma préparation. Car c’est cela que je suis venu chercher à l’autre bout du monde sur cette île perdue dans l’océan Indien ; je suis venu chercher mes limites.

Je regarde souvent ces coureurs qui arrivent au bout d’une course, épuisés, le plus souvent en pleur, s’écroulant parfois à l’arrivée. Tu le vois en les regardant, ça ne mérite aucune contestation. Ils sont allés au bout d’eux-mêmes, ils sont sortis de leur zone de confort, ils se sont mis en difficulté, qu’ils soient dans les premiers ou les derniers, c’est une chose qui n’a rien à voir avec la performance globale mais plutôt individuelle, où le seul adversaire est soit même. Je voue un respect sans borne à ces coureurs qui sont allés au-delà d’eux-mêmes, qui ont tenté, même en sachant que ce serait difficile, voire impossible. Qu’est ce qui fait que ces gens se dépassent ? Vais-je arriver à me surpasser seul, où alors rentrerais je dans ma zone de confort quand ça deviendra difficile ?

Entre nous et la SAS de départ il n’y a plus qu’une barrière qui va bientôt s’ouvrir, le stress est énorme mais se transforme en excitation.

Ça y est j’y suis.

Je suis sur le départ de cette course dont je regardais ados ces pionniers gravir un volcan d’une île lointaine. Cette course qui faisait partis de mon agenda de sportif, celle que je voulais affronter, et dompter. J’en ai le tournis, toutes ses pensées qui fusent, c’est comme si tout s’accélérait d’un coup, je suis obligé de parler, je ne tiens pas en place alors qu’à côté de moi Charles parait serein même si je sais qu’au fond lui, il craint aussi cette course.

Suite : Diagonale des fous le départ

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