Diagonale des fous le départ – Diagonale des fous

Les grilles nous séparant du chemin vers la ligne de départ sont retirées, c’est un peu la cohue, le speaker demande à chacun de ne pas se bousculer. Les organisateurs arrêtent par moment l’afflux de coureurs. Nous remarquons assez rapidement que nous sommes mal, très mal placé.

Comment décrire ce que nous vivons à l’instant ? Une ambiance indescriptible sur un trail, je n’ai jamais vécu ça.
Pourtant lors de l’UTPMA en Juin, déjà à ce moment là j’avais trouvé l’ambiance surréaliste avec un summum au moment du feux d’artifice précédent le départ.
En tournant la tête je m’aperçois qu’il n’y a pas grand monde derrière. J’ai devant moi plus de 2000 coureurs

A croire que c’est notre destin avec Charles de partir dans les derniers. C’était déjà le cas à la Saintélyon en 2017 ; dernière vague à partir ; la 6000D en 2018 ; là après 1km de course on était carrément dans les 20 derniers, et sans parler de l’UTPMA en 2019 où on est rentré quasiment dernier dans le SAAS. Mais après tout, toutes ces courses ce sont bien terminées pour moi malgré les difficultés.

Devant nous l’arche de départ, un show de son et lumière, une foule énorme. Ca y est, on y est vraiment. Le speaker commence le décompte, il n’y a plus de place au doute, je vais partir pour ma plus grande aventure. Malgré l’insolation de la veille, et le cycle de sommeil complètement loupé, je n’ai pas dormi depuis que je me suis levé à 6H30 ce matin, je suis confiant. A ce moment précis tous mes sens sont comme court-circuité par le bruit la lumière, le contact avec les autres coureurs, il est 22H et les premiers s’élancent. Impossible de dire s’il y a eu un coup de pistolet, un son spécifique, je sais juste que ça part devant. La foule devant nous s’ébranle, puis à notre tour d’avancer vers l’arche symbolisant le point de départ de ces 166km et 9700 mètres de dénivelés positif à travers toute l’ile de la réunion.

22H05 exactement nous franchissons la ligne de départ, c’est complètement dingue, les réunionnais sont là en nombre pour acclamer les quelques 2600 coureurs prenant le départ de la diagonale des fous.

Quand je suis passé dans l’autre sens avec la famille, il y a avait déjà beaucoup de monde, des groupes de danse, de musique, des bars ouvert tout le long de cette grande route longeant l’océan. Mais ce n’est rien par rapport à maintenant, et il est plus de 22H !

Je suis en général à vouloir profiter du moment présent, ce qui fait que j’ai rarement de belles photos pour les réseaux sociaux ; ce qui est un peu un problème pour le blog et le compte instagram. Mais là je me sens obligé de vouloir partager tout ceci avec tout le monde et j’enclenche un live FB pendant une petite minute ; le revoir aujourd’hui me donne la cher de poule.
Mes parents quand à eux, m’ont laissé vers 20H30 et se sont positionnés 1,5km après le départ.
Les prévisions à l’origine étaient de 10km/h (6 min par kilomètre) sur les 7 premiers kilomètres. Ceci comme tout le reste c’était de la théorie; comme être dans le premier tiers des coureurs au départ. Là avec le monde et le fait de taper dans les mains de toutes les personnes qui nous les tendent on a mis 14minutes pour le premier ! Plus du double ! Bon rien de grave mais ça veut dire qu’il y a du monde devant, et on ne voudrait pas rester bloquer, il parait que ca bouchonne dans quelques kilomètres si t’es dans les derniers.

Voila que j’aperçois la famille sur la droite un peu plus loin, je me mets à marcher. A ce moment un groupe de jeune nous demande en rigolant

Ca y est c’est déjà terminé ?

Avec Charles on leur répond

bien sur
Franchement trop d’émotion, le reste ca à l’air trop dure

L’ambiance est vraiment détendue, puis j’arrive à la hauteur de mes parents. Et là ce n’est pas la même, je sens une certaine tension, surtout ma maman qui est très émotive, et qui n’arrête pas de me rappeler qu’il y a eu des morts sur cette course. Oui 3, dont 2 la même année, soit moins que sur le marathon de Paris que j’ai déjà fais 4 fois, mais ca ne la rassure pas. Une vidéo, une photo, une dernière bise et cette fois on est lancé, ma sœur nous verra à marre à boue dans 48km.

Au loin sur le front de mer on aperçoit le feux d’artifice tiré pour le départ, étant loin derrière et ayant mis beaucoup de temps au démarrage on n’en profitera pas beaucoup, mais franchement, les réunionnais suffisent à rendre ce départ unique.

Au kilomètre 2 nous passons au dessus de la petite rivière à coté du port, sur laquelle est installé un groupe de musique et un jeu de son et lumière, c’est complètement dingue. Le peloton a commencé à s’étirer et nous courons, à quelle allure, aucune idée. La foule qui nous encourage et l’ambiance me permet de ne pas trop y penser mais je stress un peu à cause du rythme, du temps que nous mettons et de tous ces coureurs devant nous qui pourraient nous bloquer plus tard, car j’espérais être au pire dans les 900 premiers, au mieux les 700, et là ce n’est clairement pas le cas.

Après 3 kilomètres et 25 minutes de courses nous sortons de la route de bord de mer pour entamer la monté du Volcan, Il y a plus de place sur la route pour doubler le peloton s’étant étiré. Dans cette première pente je dépasse les premiers coureurs qui marchent, mais moi je ne pense qu’à doubler; la pente étant encore assez faible jusqu’au 5 – 6ème kilomètre; pour ne pas être trop dans les derniers coureurs.

Charles me passe devant et imprime un rythme du tonnerre. Dans un premier temps cela m’arrange, et je suis boosté par les différentes musique que nous entendons, une fois sortant des maisons, l’autre d’enceintes posées dans la rue ou encore des voitures. Une revient plus particulièrement : « Le coach » de Soprano. Cette musique je l’ai télécharger la veille pour faire parti de ma play list « coup vraiment dur », si jamais je venais à ne plus vouloir avancer et être dans le mal. Ce qui est marrant avec cette chanson, c’est que lors des entrainements en salle sur les elliptiques je regardais les clips et c’était une des chansons qui passait le plus. Du coup je connais le clip par coeur et ça me donne la pêche de l’entendre. Dans cette chanson, la plus part des paroles correspondent exactement à mon état d’esprit et aux difficultés qui vont m’attendre lors de cette diagonale des fous

[…]

Ne t’arrête pas quand t’as mal mais plutôt quand t’as tout donné, oui tout donné
Toujours se relever, toujours recommencer
Interdit d’abandonner hey hey hey hey
[…]
Il est temps d’aller pousser on a des rêves à soulever
Allez allez allez allez
Relève-toi c’est dans la tête on est ensemble on va y aller
Allez allez allez allez
[…]
Prouve-moi que t’es une machine en enchaînant les fractionnés
Ne t’arrête pas quand t’as mal mais plutôt quand t’as tout donné, oui tout donné
Toujours se relever
T’as déjà fait le plus dur donc impossible d’abandonner
[…]

Mais assez vite je me dis que tenir ce rythme est une assez mauvaise idée. On devrait être autour de 8 – 10minutes au kilomètre et on est plutôt à 6 minutes. J’en informe Charles qui lui même s’en est rendu compte.

Jusqu’ici nous étions en ville et la frontale était clairement facultative. En entrant sur les chemins entourés par les champs de bananiers nous commençons à ne plus voir grand chose. Avec Charles on alterne nos frontales pour économiser en vue des 3 nuits qui pourraient nous attendre.

Au 7ème kilomètre apparait un ravitaillement. Ce dernier n’était pas indiqué sur les parcours fournis par l’organisation. Charles y prend de l’eau rapidement et moi bien sur fin de bidon et c’est là que je fais un mauvais choix. Je décide d’attendre qu’on me serve oubliant totalement la stratégie que je voulais mettre en place.

Je suis parti avec 2,5L d’eau pour éviter de m’arrêter aux ravitaillements avant le parking de l’air nez de boeuf autour du 39ème kilomètre et ne pas perdre de place et surtout en grappiller quelques unes en prévision des futures bouchons. Alors pourquoi je m’arrête et en plus j’attends de l’eau que je n’ai clairement pas besoin maintenant ? J’aurais du continuer, Charles m’aurait rattrapé, j’aurais gagné du temps, des places et je me serais allégé. Surtout que j’ai une application timer qui bip quand je dois boire et là c’était pas le cas non plus.

En partant de ce ravitaillement imprévu, surprise, les arrosages des champs de bananiers sont en marche et … pas sur les champs mais sur la route. Je veux bien qu’il fasse un peu chaud en journée, mais dans quelques heures on sera à plus de 2000m d’altitude et non en bord de mer, de surcroit en pleine nuit.

Très rapidement on arrive au premier vrai ravitaillement « le domaine de vidot » autour du 15ème kilomètre. Il est en intérieur dans une salle. Encore une fois je prends de l’eau ; mais pourquoi faire ! On décide de ce changer au chaud, en passant les manches longues et un T-shirt par dessus. Ce qui est plutôt bien les T-shirt ayant été mouillé par les arrosages et la transpiration. J’en profite pour envoyer une photo à nos deux grands fans ; Hélène et Xavier ; qui ont créé un groupe Whats app pour nous envoyer des messages. Hélène ne croit pas qu’on vient de prendre la photo à l’instant. Il faut dire que dans le meilleur des cas on avait prévu de sortir du domaine de Vidot vers minuit quinze et que malgré le départ derrière et les premiers kilomètres lent il est à peine minuit et on décolle de là. Pourtant on c’est fait doubler dans cette salle. On c’est arrêté environ 10minutes, et on fera parti des rares coureurs à le faire, la plus part ne s’arrête même pas.  200 mètres après être sorti, la différence de température m’oblige à faire un stop technique avant d’entamer la grosse portion de la montée du Volcan de nuit.

Suite : En route vers le volcan

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