Au départ d’un rêve – Diagonale des fous

Jeudi 17 Octobre, il est 21h50 à la Réunion ; 2h de moins en métropole ; la nuit a déjà pris place depuis plus de 3h, la musique se fait de plus en plus forte de plus en plus intense.

Elle raisonne en moi, elle me donne le vertige et cette sensation d’accélération que je ressens souvent avant un grand évènement.

Nous sommes avec Charles et quelques 2500 autres concurrents parqués dans la zone d’attente réservée aux coureurs, debout les uns contre les autres. Le speaker sur la scène principale nous booste, nous explique que nous allons participer à un évènement exceptionnel, et que cette année plus qu’une autre l’abandon n’est pas permis.

Pensons à ceux et celles qui emportés par la faillite de compagnies aériennes n’ont pas pu venir malgré des mois voire des années de préparation pour cette course. C’est à eux dans les moments difficiles qu’il faudra penser. A ces trailers et traileuses qui n’auront pas la chance de franchir cette ligne de départ et de se confronter à ce monument de l’ultra-trail.

Plus que quelques minutes maintenant avant le départ de cette Diagonale des fous 2019. Que le chemin fut long pour en arriver là. Que la dernière ligne droite fût compliquée. Nous sommes bien arrivés avec nos familles à 19H ; il faisait déjà nuit ; pour profiter du spectacle d’avant course. Pour profiter des derniers moments en famille en avalant notre dernier plat de pâtes commandées sur le chemin nous menant au départ avant de nous élancer dans cette traversée de la Réunion du sud au nord de 166km et quelques 9700 mètres de dénivelés pour rejoindre le stade de la Redoute à Saint Denis.

Mais voilà à 20H20 au moment de rentrer dans la zone d’attente réservée aux coureurs, la dépose des sacs pour les bases de vie ne se fait pas comme prévu. Alors qu’à 19H personne ne se pressait, 1H plus tard c’est le chaos.

Mes sacs à moi sont gérés par mon assistance, à savoir mes parents, ma sœur et son copain Romain. Ils sont briefés sur quel sac m’amener à quel ravitaillement, que faire des restes et comment savoir à quelle heure je vais passer. Si tout se passe bien je devrais les voir 5 fois avant l’arrivée (Marre à boue, Cilaos, Maïdo, Ilet Savannah, Possession). Quant à Charles il a fait le choix de laisser 2 sacs à l’organisation pour les bases de vie de Cilaos et d’Ilet Savannah. Plus moyen à cette heure de faire machine arrière pour lui, trop compliqué d’expliquer dans la précipitation à ses proches ce qu’il faudrait faire. Il est obligé de faire la queue pour les déposer.

Pour ceux qui ne déposent pas de sac la queue n’est pas la même, petit moment de panique pour savoir comment se retrouver, réorganisation de dernières minutes, et merci aux téléphones d’aujourd’hui.

De mon côté je dis une dernière fois au revoir à ma famille et entre dans la zone des coureurs. Dernière formalité avant de prendre part à l’évènement, la validation du matériel obligatoire. Ce sera une formalité tout étant bien préparé depuis la veille. Les bénévoles quant à eux sont à l’image de l’évènement, EXCEPTIONNELS. J’ai eu la chance de tomber sur 2 jeunes filles avec une pêche et un sourire incroyable, n’étant pas le dernier pour le bon mot ça m’a permis de me détendre un peu. Car oui je ne suis pas serein.

Arrivé depuis Samedi à la Réunion, j’avais commencé à décaler mes heures de sommeil, me couchant et me levant de plus en plus tard, puis faire une sieste sur le coup des 16H pour être reposé à 22H comme un début de journée.

Mais voilà le Mercredi veille de la course, j’ai fait une insolation lors de la récupération des dossards le matin. Il faut dire récupérer son dossard si tu n’arrives pas dès 8h du matin ensuite c’est euro Disney. Au programme 2 queues interminables, une pour le dossard, l’autre pour les goodies, mais avais-je vraiment besoin de ces derniers ? Le tout en plein soleil avec le bruit constant des enceintes et du speaker qui est là pour l’animation.

Au final l’insolation se traduisit par un mal de tête qui n’a fait qu’augmenter durant l’après-midi. Prendre l’air, boire beaucoup d’eau, rien n’y a fait, m’obligeant à me coucher avec un doliprane sur les coups des 22H bien loin des 2H du matin prévu. Résultat levé 6H30 après une très grosse nuit de sommeil, très réparatrice, mais mettant à mal le cycle de sommeil pour la course. Pour couronner le tout il me fût impossible de faire la sieste comme prévu dans l’après-midi, me rendant sur le départ avec déjà un imprévu au programme. On va essayer de rester positif, et comme je le répète souvent à d’autres coureurs qui me demandent conseil :

La dernière nuit de sommeil ne compte pas dans la récupération

Seul problème cette course se déroule sur plusieurs jours et plusieurs nuits.

Etant seul à attendre dans le SAS, pendant que Charles tente de déposer ses sacs, j’en profite pour aller aux toilettes pour la grosse commission, ne pouvant m’empêcher de penser à un publication « les genoux dans le gif »

« […]Après avoir passé la veille à piétiner et à attendre autant que chez Disney pour récupérer un bout de papier que les veinards accrocheront sur un bide détruit par le stress […] Il faut veiller à ce que les toilettes soient libres pour se vider de trouille à intervalles réguliers […]Bref, le Grand Raid c’est un truc pour lequel il est impossible d’être prêt […] »

Une fois l’affaire entendue, j’essaie de m’allonger pour tenter de dormir un peu avant de récupérer Charles. A défaut d’y réussir, je me suis détendu, mais vient le deuxième intervalle pour les toilettes !

Après plus d’une heure Charles entre enfin, c’est à son tour pour les toilettes. Il est quand même stressé par ce qui vient de se passer, et ce qui est sûr, c’est que notre stratégie d’être dans le premier tiers est partie en fumée. 2ème imprévu au programme. J’aurais presque l’impression que cette course va se dérouler sous le patronage de la loi de Murphy, à savoir que tout ce qui peut mal se passer va mal se passer. Mais pour l’instant place à l’activation de la balise de suivi live, aux photos et aux derniers post sur les réseaux sociaux pour permettre à tous nos amis qui nous suivent et nous soutiennent de profiter du moment qu’on est en train de vivre.

Maintenant on se rapproche de la foule qui se tasse contre les barrières qui finiront par s’ouvrir vers le vrai SAS de départ. L’ambiance est spéciale, l’atmosphère change, il y a bien la musique, le show, le speaker, les autres raideurs, mais suis-je vraiment là ? Suis-je en train de rêver ? On discute avec Charles de cette sensation étrange qui nous saisit à quelques minutes du départ.

Les derniers tracas sont oubliés, le stress laisse place à une certaine légèreté, plus moyen de reculer, mais en avons-nous envie ? Pas une seconde, pas un moment cela nous traverse l’esprit, c’est plutôt maintenant l’envie d’y aller de s’élancer qui domine. Et pourtant qui aurait cru il y a un peu plus de 18 ans que je serais sur cette ligne de départ, sur cette course considérée comme l’une des plus difficile, des plus exigeante au monde ? Ces 2 ans de préparations auront-ils suffit ?

Suite : La Réunion

2 thoughts on “Au départ d’un rêve – Diagonale des fous

  1. A ta demande je commente ce premier billet.
    N’ayant aucune connaissance de ce monde, j’ai du mal avec le vocabulaire technique comme « base de vie ».
    J’espère qu’une billet parlera aussi de la préparation afin d me comprendre comment une telle course se présente et se prévoit et s’organise, le couchage, les ravitaillements, ou sont tes suiveurs etc…

    • La base de vie en Ultra trail est un ravitaillement organisé pour pouvoir récupérer des affaires. En général un sac laissé à l’organisation quand tu n’as pas d’assistance personnel.
      On trouve aussi un repas chaud de quoi se poser, des médecins et autre suivant la taille de la course.
      Au grand raid il y en a 2 : Cilaos 65km et Ilet savannah 138km

      Pour la préparation je dirais que ce sont tous les billets précédent

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